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Issoria lathonia (le Petit Nacré)


- 13/04/2004 15:25:17 - MRW/DGRNE/OFFH. Auteurs: Violaine Fichefet et Philippe Goffart / Réalisation : Violaine Fichefet

Pour accéder à la fiche résumée (statut, législation, répartition,...), cliquer ICI.

Systématique

Invertébrés - Arthropoda - Insecta - Lepidoptera - Rhopalocera - Nymphalidae

Issoria lathonia (Linné, 1758)

Nom français : Petit Nacré
Nom néerlandais : Kleine parelmoervlinder
Nom anglais : Queen of Spain Fritillary
Nom allemand : Kleiner-Perlmutterfalter

Description morphologique

Le dessous des ailes postérieures rousses de ce papillon est ponctué de plusieurs grandes taches nacrées très brillantes. Ce critère permet de le distinguer sans équivoque des autres nacrés. Le bord externe de son aile antérieure est concave et les taches noires dessinées sur le dessus de ses ailes sont rondes et régulières.

Photo: © Philippe Toussaint

Répartition géographique

Distribution en Europe

L'aire de répartition de l'espèce s'étend du centre de la Scandinavie au nord de l'Afrique.
Présente surtout dans le sud, l'espèce va jusqu'au 64° N ou au-delà et est accidentelle en Grande-Bretagne.

Distribution historique en Belgique et en Wallonie

L'espèce était autrefois très répandue en Flandre et en Wallonie. Il ne reste actuellement qu'environ 8 populations dans la première région. Dans la seconde, l'espèce était beaucoup mieux représentée en Ardenne et le long du sillon Sambre-et-Meuse (surtout dans la région liégeoise) qu'elle ne l'est aujourd'hui. Mais son statut actuel est assez difficile à cerner.

Carte tirée de Verstraeten (1970)

Distribution actuelle en Wallonie

En Wallonie, Issoria lathonia se repoduit encore au sud du sillon Sambre-et-Meuse. Les populations se rencontrent essentiellement dans les régions suivantes: la Gaume (reproduction dans des friches et pelouses sèches), la province de Liège (trois grosses populations reproductrices sur terrains calaminaires) et la région de Lesse-et-Lomme (pelouses sur schiste et sur calcaire), ...
Seules les populations liégeoises semblent réellement stables et importantes.

Cette carte est tirée de Goffart Ph. & B. De Bast, 2000. Atlas préliminaire des papillons de jour de Wallonie & Liste Rouge révisée. Groupe de Travail Lépidoptères, Marche, 80 pp.

Écologie


Photo: © Violaine Fichefet

Le papillon peut avoir jusqu'à trois générations par an, étalées d'avril à octobre. Puisque seule une petite partie des individus peut survivre à l'hiver, la première génération est la moins bien représentée (mortalité importante des chenilles et des chrysalides hibernantes). Par contre, la troisième génération (vers le mois de septembre) est de loin la plus remarquable.
Les oeufs sont déposés sur différentes espèces de violettes, comme Viola tricolor, Viola calaminaria, Viola arvensis, ... Ils peuvent aussi être déposés sur Onobrychis, Borago et Cynoglossum. Chez nous, l'espèce hibernerait au stade chenille ou chrysalide selon les conditions locales.
L'espèce butine différentes espèces de plantes, comme la centaurée (Centaurea sp.), la succise des prés (Succisa pratense), le buddléia (Buddleja davidii), la violette calaminaire (Viola calaminaria) ou le lotier corniculé (Lotus corniculatus), ...

Cette espèce est très mobile, au point d'être considérée comme partiellement migratrice. La difficulté est donc de pouvoir discerner les individus autochtones des individus erratiques.
Issoria lathonia est une espèce thermophile. Les imagos se posent souvent sur les plages de sol nu ou sur des touffes d'herbes mortes en tournant leurs ailes vers le soleil ou en les plaquant au sol métallifère. Ils sont plus actifs pendant les heures chaudes de la journée.

Habitats

Généralités

Le Petit Nacré fréquente les dunes, les friches agricoles ou industrielles, les jachères, les pelouses sèches sur schistes, calcaires ou sable, les pelouses maigres, les prairies fleuries où abondent les pensées (Viola), et les pelouses calaminaires. En dehors de la Wallonie, l'espèce peut se reproduire dans des dunes, où se développe l'espèce Viola curtisii, et le long de chemins pierreux dans des landes de haute altitude (>2000 m).

Les pelouses calaminaires

Au XVIème siècle, plusieurs industries métallurgiques se sont installées dans la province Liège, ce qui eut des conséquences importantes sur la nature du sol de stations avoisinantes dès le fin du XIXème siècle. Ces sols fortement enrichis en métaux lourd, notamment en plomb et en zinc, ont été rapidement colonisés par des métallophytes.
En Belgique, l'espèce se reproduit sur ces pelouses calaminaires. Elle pond sur Viola calaminaria, dans la végétation basse et clairsemée, à moins de 3 cm de hauteur (sur des rosettes ou stolons). La taille des populations semble directement liée à l'abondance des plantes nourricières sur le site. Seule la pensée calaminaire forme chez nous de grosses densités, tandis que les autres pensées, plus répandues, forment rarement des colonies importantes. Les sites calaminaires offrent l'énorme avantage d'être stables et presque immuables du fait de la présence des métaux lourds dans le sol.

Photo de Viola calaminaria: © Jean-Louis Gathoye

Sur les sites calaminaires, le papillon tire parti de la présence des lapins qui broutent la végétation, en particulier Festuca ovina subsp. ophioliticola, et creusent des trous de grattage, favorisant de la sorte une végétation rase et des plages de sol nu. Seul inconvénient : ces lapins amendent leurs trous de grattage, ce qui favorise inévitablement la présence d'espèces végétales ubiquistes, nitriphiles et/ou rudérales.

Menaces et gestion

Le site calaminaire, en raison de la charge en métaux lourds présente dans le sol, a l'avantage d'évoluer lentement et les populations présentes sur ces sites peuvent donc se maintenir sur le long terme sans qu'aucune mesure de gestion ne doive être prise. C'est évidemment sans compter sur la destruction et l'altération d'origine humaine de certains sites au cours de ces dernières années, ce qui justifie la mise en réserve de celles qui ne le sont pas encore. Le manque de tout statut de protection est certainement la menace la plus sérieuse qui pèse sur ce type d'habitat.
Dans le passé, ces sites calaminaires du nord-est de la province de Liège ont en effet été presque systématiquement considérés comme des sites pollués sans intérêt et remblayés par des terres étrangères.
L'étrépage des pelouses est à préconiser sur certains sites à végétation dense. De même, l'enlèvement des remblais d'origine étrangère serait idéal sur les sites dégradés.
Dans les autres habitats (pelouses sur schiste et calcaire, friches,...), les milieux se referment rapidement et sont colonisés par différentes essences arbustives. L'existence de populations stables et viables dans ces biotopes est donc peu probable si aucune intervention humaine n'est entreprise. Une des priorités dans la gestion de ces sites est de maintenir des surfaces de sol nu pour favoriser le développement des plantes-hôtes.
La mise en place de mesures agri-environnementales (tournières, jachères, ...) profiterait certainement à cette espèce mobile, colonisant facilement de nouveaux biotopes.

Photo : © Philippe Goffart

Bibliographie

- Maes, D & Van Dyck, H. 1999. Dagvlinders in Vlaanderen - Ecologie, verspreiding en behoud. Stichting leefmilieu / Antwerpen i.s.m. Instituut voor Natuurbehoud en Vlaamse Vlinderwerkgroep / Brussel. 480 p.
- Ertz, D. 1998. Le Petit Nacré (Issoria lathonia) sur les terrains calaminaires de l'est de la Belgique: données nouvelles sur l'écologie, l'éthologie et la chorologie de l'espèce. Réflexions sur la gestion des sites calaminaires et l'impact des lapins. Natura Mosana, 51 (1) : 12-23.
- Ertz, D 2000. La flore et la faune de quelques sites de grand intérêt biologique dans la vallée de la Gueule (Province de Liège, Belgique). Natura Mosana, 53 (1) : 1-18.
- Ertz, D. et Graitson, E. 2001. Effectifs des populations, répartition et statut du Petit Nacré, Issoria lathonia L., sur les terrains calaminaires du bassin de la Vesdre (province de Liège, Belgique) (Lepidoptera ; Nymphalidae). Linneana Belgica, Pars XVIII (2) : 87-92.
- Graitson, E., Mairesse, A. et Goffart, P. 2002. La faune des lépidoptères rhopalocères et des orthoptères des pelouses sèches de la partie inférieure du bassin de la Vesdre (Province de Liège, Belgique). Natura Mosana, 55 (2) : 25-40.
- Lafranchis, T. 2000. Les papillons de jour de France, Belgique et Luxembourg et leurs chenilles. Collection Parthénope, éditions Biotope, Mèze (France). 448 p.
- Asher, J. Warren, M., Fox, R., Harding, P., Jeffcoate, G. & Jeffcoate, S. 2001. The Millennium atlas of Butterflies in Britain and Ireland. Butterfly conservation / Centre for ecology and hydrology. Oxford university press Inc., New York. 433 p.
- Wynhoff, I., Van Swaay, C. & van der Made, J. 1999. Veldgids Dagvlinders. Stichting Uitgeverij KNNV, Utrecht 1999. 224 p.


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