Convention sur les mammifères de Wallonie
Le suivi passé et actuel
![]() | En Wallonie, en dehors des ongulés, les mammifères sauvages ont globalement été peu étudiés par le passé. En cause ? Les difficultés importantes liées à leur suivi ! Presque toutes les espèces sont nocturnes, discrètes, très méfiantes vis-à-vis de l'homme, évoluant dans des domaines vitaux parfois très étendus... Tous ces éléments compliquent évidemment le suivi des mammifères par voie directe. La meilleure façon de les étudier reste donc leur étude indirecte via les indices de présence (restes de repas, gîtes, laissées, empreintes, squelettes et dépouilles). Cependant, vu la diversité des espèces présentes chez nous et de leurs caractéristiques éco-éthologiques, il est indispensable de mettre en oeuvre des méthodes spécifiques à chacune d'elles. Ceci rend la tâche très complexe. En Wallonie, le premier état des lieux global du statut des mammifères a été publié par le Dr Roland Libois au début des années '80. La réactualisation des données relatives aux espèces protégées a d'ailleurs été relancée en 2005 sous sa tutelle. En plus de l'intérêt scientifique qu'un tel suivi représente, il s'agit d'une obligation légale (le décret du 12/02/1987 impliquant l'élaboration d'un rapport annuel sur l'état de l'environnement wallon). Photo : Vinciane Schockert |
Une convention sur les mammifères protégés
Depuis fin 2005, une convention de suivi des mammifères protégés ou concernés par la convention de Berne a été confiée à l'Unité de Recherches zoogéographiques de l'Université de Liège en vue de réactualiser le statut de répartition d'une quinzaine de mammifères ou de préciser le micro-habitat de certaines d'entre elles.
Les espèces concernées sont : les mustélidés (blaireau, loutre, martre, putois, fouine, hermine, belette), les gliridés (loir, lérot, muscardin), les musaraignes protégées (musaraignes carrelet, couronnée, aquatique, de Miller et bicolore), le hérisson et l'écureuil.
| L'inventaire des terriers de blaireau a été relancé en 2006 avec la collaboration des agents DNF. Depuis lors, près de 1500 terriers ont été répertoriés et contrôlés. Un échantillon d'environ 50 terriers occupés a été sélectionné et des comptages d'individus ont été réalisés afin d'obtenir une estimation de population. Enfin, une modélisation cartographique a été développée pour évaluer la part potentielle de terriers non répertoriés. |
| La loutre étant devenue très rare dans notre pays, une des seules façons d'œuvrer à sa protection est d'assurer un maillage écologique adéquat le long des cours d'eau intéressants pour cette espèce. Aussi, les abris potentiels accessibles à la loutre en dehors de la période de végétation ont été recensés sur 9 cours d'eau wallons, en dehors du périmètre du projet Life Loutre. Des propositions d'aménagements sont actuellement en cours avec certains gestionnaires de cours d'eau. |
| Pour les autres mustélidés, et spécifiquement les espèces non anthropophiles, une cinquantaine de parcours échantillons ont été sélectionnés sur le territoire wallon et sillonnés 2 fois l'an par notre équipe avec la collaboration d'agents DNF pour certains itinéraires. Les indices de présence des différentes espèces ont été systématiquement recensés afin de dégager des indices d'abondance relative devant permettre au fil des ans d'observer, après traitements statistiques, d'éventuelles variations d'abondance au sein des populations. | |
| Pour les différentes espèces de musaraignes protégées, plusieurs tâches ont été menées. La collecte et l'analyse de pelotes de réjection de chouette effraie dans plus de 120 localités. Sur cette base, la capture d'individus a été opérée dans des sites potentiels avec description et analyse des microhabitats de capture. Pour les musaraignes couronnée et carrelet, des analyses génétiques ont été pratiquées afin de confirmer leur détermination | |
| Les gliridés (loir, lérot et muscardin) sont essentiellement étudiés par la pose et le contrôle de plus de 450 nichoirs en Région wallonne. Ils sont placés dans des sites où la présence des espèces n'était plus documentée depuis 1970 ou dans des zones potentiellement habitées où elles n'avaient jamais été mentionnées. Les résultats vont bon train grâce à ce suivi. Pour le muscardin, celui-ci est couplé à la recherche de noisettes rongées spécifiquement par cette espèce, ce qui complète avantageusement les résultats en cours. | |
| Pour l'écureuil et le hérisson, le suivi est essentiellement basé sur la collecte de données ponctuelles, d'autres méthodes ont été testées mais ne se révélaient pas suffisamment fructueuses. Les CREAVES, qui accueillent régulièrement ces espèces en revalidation, fournissent d'ailleurs des données très utiles pour l'établissement des cartes de répartition les concernant. |
Volet « Espèces envahissantes »
Depuis quelques années, la problématique liée aux espèces envahissantes interpelle la communauté scientifique dans tous les groupes biologiques. Chez les mammifères, le raton laveur est spécialement en ligne de mire étant donné son expansion en Wallonie. Sa progression à partir de l'Allemagne explique sa présence accrue chez nous depuis 2005. Cependant, son impact est encore mal connu à ce stade. Le chien viverrin est observé également, mais de façon moins importante. Une veille passive est organisée pour ces deux espèces.
![]() | Originaire d'Amérique du nord, le raton laveur a nettement progressé en Wallonie depuis quelques années. Ses indices de présence (empreintes très caractéristiques) sont surveillés et collectés mais son impact sur la faune et la flore est mal connu. Pour cette raison, des analyses de contenus stomacaux sont effectuées sur des individus victimes de collisions avec des véhicules ainsi que sur des individus détruits en activité de chasse. Cela permettra de mieux comprendre le comportement alimentaire de cette espèce et son rôle possible sur des espèces fragiles. |
Une convention sur le chat haret
![]() | Le chat haret est simplement un chat domestique retourné à l'état sauvage. L'étude menée actuellement vise à déterminer son impact sur la petite faune par des analyses de contenus stomacaux d'individus victimes de la route ou détruits par les chasseurs. Un autre objectif est d'évaluer ses déplacements par radiopistage de quelques individus. Enfin, l'hybridation possible avec le chat forestier étant un vrai problème pour la conservation de l'espèce indigène, une étude génétique est actuellement en cours. |
| Le chat forestier est également pris en compte dans certaines des missions liées à la convention chat haret. Des analyses génétiques visant à déterminer son niveau d'hybridation éventuel avec celui-ci ainsi qu'une étude par radiopistage sur quelques individus est en cours dans l'Hertogenwald. Les échantillons stomacaux collectés ces dernières années avec la collaboration des cantonnements sont ainsi mis à profit dans cette étude. |
Les investigations de terrain et de laboratoire menées dans le cadre de ces différentes conventions permettent actuellement de mieux cerner le statut des espèces suivies. Les travaux sont toujours en cours et visent à émettre les recommandations les plus adéquates et réalistes pour contribuer à la conservation des espèces protégées.






