Les animaux n’interagissent pas tous de la même manière entre eux : leurs contacts sociaux dépendent à la fois de leur environnement, de leur comportement et de leurs conditions de vie. Ces interactions sont très importantes, car elles influencent la transmission des maladies, le brassage des gènes et la circulation de l’information au sein des populations. La chasse peut perturber ces contacts en modifiant l’organisation sociale des animaux, mais jusqu’à présent, on s’est surtout intéressé à ses effets sur le nombre d’animaux prélevés, et beaucoup moins à ses effets « indirects » sur leur comportement.
Les chercheurs se sont penchés sur le sanglier, une espèce qui vit en groupe et qui est fortement chassée en Europe. Grâce à des colliers GPS posés sur des sangliers appartenant à 21 populations européennes (dont trois en Wallonie), ils ont étudié comment les pratiques de chasse influencent la fréquence des contacts entre individus, à l’intérieur d’un même groupe et entre groupes différents. Ils ont également pris en compte d’autres facteurs importants, comme la saison, le type d’habitat, la densité de population, le sexe des animaux ou encore leur proximité géographique.
Les résultats montrent que les chasses en battue (où les animaux sont dérangés et poussés par des rabatteurs) réduisent les contacts entre les sangliers d’un même groupe. Plus les battues sont fréquentes, plus ces contacts diminuent. En revanche, la chasse individuelle n’a pas cet effet. Ces résultats suggèrent que les battues perturbent la cohésion des groupes de sangliers.
En ce qui concerne les contacts entre sangliers appartenant à des groupes différents, le type de chasse ne semble pas jouer de rôle important. Ces contacts dépendent surtout de la distance entre les animaux : plus ils sont proches, plus ils ont de chances de se rencontrer. Par ailleurs, les contacts entre femelles de groupes différents sont moins fréquents que ceux impliquant des mâles.
Dans l’ensemble, cette étude montre que la chasse peut modifier profondément l’organisation sociale des sangliers, en particulier à l’intérieur des groupes. Une cohésion de groupe réduite peut avoir des conséquences négatives, par exemple sur la survie, l’efficacité pour trouver de la nourriture ou l’utilisation des ressources. Les auteurs suggèrent que ces effets pourraient être limités en adaptant la gestion de la chasse, par exemple en répartissant les battues dans l’espace et dans le temps, et en évitant de cibler toujours les mêmes groupes.
Enfin, les résultats indiquent que la chasse n’augmente probablement pas la propagation des maladies en favorisant les contacts entre groupes. Toutefois, les déplacements rapides provoqués par la fuite devant les chasseurs pourraient quand même contribuer à déplacer les maladies vers de nouvelles zones. Les mâles semblent jouer un rôle clé dans les liens entre groupes, ce qui pourrait être pris en compte si l’objectif principal de la gestion est de limiter la transmission des maladies.