Les forêts européennes subissent de plus en plus de perturbations depuis plusieurs décennies, comme les tempêtes, les incendies, les attaques d’insectes ou les coupes forestières. Pourtant, leurs effets sur les habitats de la faune sauvage restent encore mal connus à grande échelle.
Pour mieux comprendre ces effets, des chercheurs ont combiné deux grandes sources de données :
- le suivi par GPS de plus de 3 000 animaux appartenant à quatre grandes espèces herbivores (bison d’Europe, élan, cerf élaphe et chevreuil) ;
- des images satellites permettant de retracer l’histoire des perturbations forestières à travers l’Europe.
Les résultats montrent que toutes ces espèces ont tendance à fréquenter davantage les zones forestières perturbées, et ce pendant plus de 30 ans après l’événement. Ce comportement s’explique principalement par l’alimentation : après une perturbation, la forêt se régénère et produit davantage de plantes herbacées ou de jeunes pousses, plus faciles à consommer pour ces grands herbivores. Chaque espèce réagit toutefois à sa manière, en fonction de son régime alimentaire et de sa stratégie de recherche de nourriture.
L’utilisation de ces zones dépend également d’autres facteurs, comme la taille des zones perturbées, la présence de prédateurs, la pression humaine ou encore le climat, par exemple la température hivernale. Les animaux doivent donc trouver un équilibre entre l’accès à la nourriture et l’évitement des risques.
À l’échelle européenne, les perturbations forestières survenues entre 2000 et 2023 ont globalement amélioré la qualité des habitats pour les grands herbivores, mais avec de fortes différences selon les régions. En augmentant la quantité de nourriture disponible, ces perturbations peuvent accroître la capacité d’accueil des forêts et concentrer les animaux dans certaines zones.
Cela peut toutefois avoir des conséquences contrastées : d’un côté, une augmentation des conflits avec la gestion forestière (dégâts sur les jeunes arbres), mais de l’autre, une opportunité pour favoriser le retour des grands herbivores et renforcer leur rôle écologique dans les forêts.
Dans l’ensemble, cette étude montre que, dans un contexte de perturbations de plus en plus fréquentes, il est essentiel de prendre en compte la dynamique des habitats forestiers dans la gestion conjointe de la faune sauvage et des forêts.