Actions

A. Actions préparatoires

A1. Rassemblement, complément, cartographie et remise en forme des informations générales nécessaires au projet

La première action préparatoire est d'abord de rassembler dans un système géographique l'ensemble des informations nécessaires au projet. Cela implique de disposer de couches d'informations sur :

Ces informations permettent d'identifier les zones prioritaires dans la zone de travail et de discuter avec les propriétaires des options de gestion futures.

A2. Cartographie détaillée des sites et plan de restauration

Après l'adhésion des propriétaires et l'identification des parcelles qui seront restaurées, la mise en oeuvre des travaux de restauration implique :

Ces informations permettront de définir les plans de restauration de chaque zone avec la définition des objectifs à atteindre, la définition des actions à faire, la chronologie des travaux à effectuer. Elles serviront aussi à archiver ce qui a été réalisé au cours du projet.

L'équipe LIFE a rédigé les plans de restauration sur les quatre RND situées dans le périmètre de travail (Troufferies de Libin, fange de Tailsus, Haie à Chenot et Pré des Forges). La superficie concernée couvre 97 ha. Ces plans de restauration ont été soumis pour avis et approbation aux propriétaires, gestionnaires (DNF), Commission Consultative de Gestion des RND de Neufchâteau, experts scientifiques du DEMNA et naturalistes locaux.

En dehors des quatre RND, l'équipe LIFE fait progresser les plans de restauration au quotidien : les plans de coupe d'épicéas en sont souvent la première étape. Une fois les épicéas coupés, les possibilités/nécessités de restauration hydrique apparaissent beaucoup plus clairement. La cartographie des projets de restauration est directement utilisée pour solliciter les entrepreneurs au travers d'appels d'offre pour les travaux.

B. Maîtrise foncière et d'usage

Les travaux de restauration d'habitats naturels constituent un investissement financier non négligeable. En échange de cet investissement, il est nécessaire d'obtenir la garantie que les habitats restaurés seront maintenus et préservés. Trois types de garantie sont utilisés :

B1. Maîtrise foncière

Grâce aux inventaires réalisés dans le cadre des actions préparatoires, les terrains à haut potentiel de restauration ont été ciblés. Les propriétaires privés de tels terrains sont sollicités en vue du rachat de leur(s) parcelle(s). Celles-ci présentent généralement une production sylvicole ou agricole marginale (sols très humides, sols tourbeux et sols alluviaux). Les efforts de rachat de terrain sont essentiellement concentrés sur les terrains qui permettent d'augmenter la surface d'un site d'intérêt biologique existant, sur des terrains qui permettent de désenclaver des sites isolés et importants pour la dynamique régionale et sur des terrains qui permettent de créer des couloirs de liaison entre site d'intérêt biologique.

Quel est le devenir des terrains rachetés par le projet LIFE-Lomme ?

  1. l'ensemble des parcelles est rétrocédé à la région wallonne qui s'engage à en protéger les espèces et les habitats naturels, contribuant ainsi au maintien ou au rétablissement des biotopes gravement menacés, abritant des espèces en danger ou revêtant une importance particulière.
  2. ces parcelles bénéficieront d'un statut de protection fort : Réserve Naturelle Domaniale

Superficie des terrains achetés par le projet LIFE-Lomme : 32 hectares

B2. Maîtrise d'usage

Les propriétaires publics (communes, province, fabriques d'église) possédant des terrains à haut potentiel de restauration reçoivent un dossier détaillé des actions proposées pour restaurer ces terrains. Les dossiers sont établis en étroite concertation avec le DNF, qui assure la gestion de la forêt pour les propriétaires publics.

Propriétaires publics sollicités :

Propriétaire Surfaces proposées  Surfaces accordées
Commune de Libin 186 hectares 109.57 hectares
Commune de Libramont 61 hectares 39,34 hectares
Commune de Saint-Hubert 71 hectares 47,07 hectares
Commune de Tellin 86 hectares 48,57 hectares
Commune de Wellin 26 hectares 16.84 hectares
Province du Luxembourg - Domaine de Mirwart 40 hectares 29.70 hectares
Fabrique d'église de Smuid 1.6 hectares 1.60 hectares
Idelux 5 hectares 5.05 hectares

 

C. travaux uniques de restauration

C1. Elimination des résineux

Dans une grande majorité des cas, les milieux humides visés par les travaux de restauration du projet LIFE-Lomme (landes, bas-marais, pairies alluviales, etc) sont enrésinnés. Parfois de manière limitée, avec quelques semis naturels d'épicéas parsemant le milieu ouvert mais parfois de manière drastique, avec des plantations denses de résineux. Dans ce dernier cas, les milieux humides ne subsistent que dans quelques poches réduites. La première étape des travaux de restauration consiste donc généralement en une élimination des résineux, soit de manière manuelle (débroussailleuse, tronçonneuse), soit de manière mécanisée (e.g. gyrobroyage). 

C2. Restauration hydrique

Les résineux sont connus pour évapotranspirer des quantités importantes d'eau. Le simple fait de les couper permet de voir la nappe phréatique remonter. Mais cela ne suffit pas toujours à restaurer la nature du sol et cela ne suffit donc pas toujours à restaurer les conditions environnementales nécessaires au rétablissement des milieux naturels visés. Pour les landes humides et les tourbières, un niveau élevé de la nappe phréatique est nécessaire.

Les plantations d'épicéas sur sols très humides étaient souvent accompagnées du creusement de drains pour assécher le sol. Pour relever le niveau de la nappe phréatique et favoriser le retour de la lande humide et de la tourbière il convient de boucher les drains . De petits bouchons d'argile (prélevé directement aux abords du drain) sont disposés dans le drain, tous les 20 à 30 mètres. A l'endroit où l'on prélève l'argile, se forme une petite dépression qui sera rapidement comblée d'eau (formation d'une mardelle).

La création de digues minérales , disposées perpendiculairement à la pente du terrain permet la formation d'un plan d'eau de très faible profondeur et offre de ce fait des conditions tout à fait propice au développement d'espèces végétales typiques des tourbières (sphaignes, linaigrettes, etc ).

Les deux plans d'eau créés par les techniques précitées sont de faible profondeur. Il est intéressant de compléter le panel de plans d'eau avec des mares de taille intermédiaire par rapport aux mardelles et au plans d'eau occasionnés par les digues minérales. Les mares ont par ailleurs une profondeur d'environ 1,50 mètre, ce qui évite le gel total de la mare (et de la faune qui l'occupe) pendant l'hiver.

C3. Travaux de végétalisation

Là où le sol aura été fortement remanié (étrépage, raclage des rémanents d'un grybroyage, etc) les espèces caractéristiques des landes tourbeuses et des bas-marais ont bien du mal à s'implanter car le sol est exposé au soleil, le vent anime les plans d'eau, etc. Pour accélérer le retour d'une végétation typique, il est donc nécessaire de recréer un micro-climat favorable. Ceci peut se faire en transplantant des espèces dites "nurses", c'est-à-dire des plantes dont la présence favorise le développement d'autres végétaux. Par exemple, la linaigrette vaginée forme des buttes appelés touradons qui crée des conditions propices à l'apparition des sphaignes (ombrage et retenue d'humidité). Les sphaignes se développeront d'abord au pied du touradon et, delà, pourront petit à petit coloniser le reste du terrain restauré.

L'Equipe LIFE, aidée de deux stagiaires, a procédé ce printemps à du repiquage de linaigrette vaginée. La linaigrette a été prélevée à proximité immédiate des zones à végétaliser. Quelques touradons suffisent à végétaliser de grandes superficies car un touradon peut être divisé en dizaines de petites mottes.

C4. Restauration d'habitats forestiers et de lisières feuillues

Les forêts feuillues adjacentes aux zones ouvertes restaurées par l'élimination de résineux et la restauration hydrique ne sont pas oubliées dans ce projet. L'effet simultané de plusieurs facteurs ont entraîné, par endroit, un manque de régénération naturelle de la forêt et un appauvrissement de sa diversité (voir Enjeux biologiques ). Autrement dit, les jeunes plants de hêtre ou de chêne qui auraient pu renouveler la forêt après la coupe de leurs aînés sont absents ou trop peu nombreux. Sont également absentes les "essences compagnes" du hêtre ou du chêne : sorbier des oiseleurs, bouleaux, charmes, peupliers, etc.

La technique proposée pour pallier à cette dégradation de la forêt feuillue est relativement simple : plusieurs zones d'1 à 2 hectares situées en forêt dégradée seront mises sous clôture afin d'y empêcher l'accès des grands herbivores. Là où les essences compagnes de nos forêts feuillues ont disparu, on plantera diverses essences dans la clôture. Ces zones sous clôture serviront ensuite de noyaux de régénération et de nouveaux plants pourront petit à petit se propager dans la forêt feuillue entourant l'enclos.

Les clôtures sont temporaires; elles nous fournissent simplement l'assurance que les arbres et arbustes atteignent une taille suffisante pour être moins sensibles à la dent du gibier.

D. Travaux de gestion périodique

Les landes humides et les prairies de fond de vallée sont des milieux naturels résultant de pratiques agro-pastorales traditionnelles. Pour en maintenir le caractère ouvert et y éviter l'embroussaillement trop important, il est nécessaire de pratiquer une gestion. Celle-ci peut prendre trois formes :

D1. Préparation de l'infrastructure de pâturage

En comparaison à la fauche, le pâturage génère une certaine hétérogénéité du milieu. En fin de saison de pâturage, on remarque un contraste dans la hauteur de végétation ou dans la densité de petites broussailles entre des zones contenant beaucoup de végétaux bien appréciés par le bétail et les zones en contenant moins. Par ailleurs, le passage répété du bétail à certains endroits entraine une mise à nu du sol, ce qui favorise la germination d'espèces végétales nécessitant beaucoup de lumière et/ou peu de compétition entre espèces.

Ici aussi il peut être nécessaire de délimiter des zones refuges, mais pas pour les mêmes raisons qu'avec la fauche. En effet, le bétail alterne ses zones de brout au cours des jours et de la saison. La petite faune a donc tout loisir de se déplacer pour éviter d'être piétinée ou avalée. Par contre, la saison de pâturage s'étalant généralement sur plusieurs mois, la floraison et la formation de graines de certaines plantes se déroulera inévitablement pendant cette saison. Lorsque la pâture abrite une population de plantes rares ou menacées, on pourra cloisonner cette population et la rendre inaccessible au bétail, au moins pendant la période la plus sensible du cycle de vie de la plante.

Ajoutons que les charges en bétail (nombre de bêtes par hectare) sont très faibles, afin de préserver en permanence des zones de refus, jouant également le rôle de refuge pour la petite faune.

D2. Préparation à une gestion par fauche

La fauche peut être manuelle ou mécanisée. Dans le premier cas, la main d'oeuvre nécessaire est très importante, même pour des sites de superficie réduite. Généralement, la fauche manuelle est réalisée par des groupes de bénévoles impliqués dans la gestion du site.

Le plus souvent, toutefois, c'est une fauche mécanisée qui sera pratiquée à l'aide d'un tracteur agricole. La technique est très efficace pour gérer l'embroussaillement d'un site. Mais tous les sites ne se prêtent pas à cette gestion qui nécessite un accès aisé pour la machine, un sol portant et non caillouteux, un microrelief du sol plane. Lorsque cela est possible, on privilégiera l'exportation du foin en dehors du terrain, afin de ne pas enrichir celui-ci par la matière organique en décomposition. Les cortèges d'espèces végétales que l'on souhaite préserver sont en effet souvent dépendants de sols pauvres en nutriments.

Une fauche tardive typiquement après le 15 juillet laisse le temps aux plantes de produire leurs graines et donc de se multiplier avant d'être coupées. La faune tire également profit d'une fauche tardive : par exemple les oiseaux nichant au sol auront eu le temps d'élever leur couvée, les larves de papillons auront eu le temps d'éclore, etc.

Le passage de la machine est plutôt brusque pour la petite faune. Pour éviter les dégâts aux populations d'insectes, reptiles et autres, de larges zones refuges sont préservées et non fauchées. La localisation des zones refuges dans une lande ou une prairie peut être maintenue pendant plusieurs années ou peut alterner d'année en année.

E. Fonctionnement

F1. Coordination du projet

Une équipe de 2 personnes (1 coordinatrice - Sara Cristofoli; 1 assistant technique - David Doucet) a été engagée par le Contrat de rivière Lesse pour assurer la gestion quotidienne du projet. Cette équipe est entourée de représentants des partenaires du projet (Contrat de rivière Lesse DNF, DEMNA, Commission Européenne) mais également de représentants des interlocuteurs du projet (propriétaires publiques et privés, chasseurs, naturalistes locaux).

Les bureaux de l'équipe LIFE se situent rue de Villance 90 à 6890 Libin, dans les locaux du DNF de Libin. Ceci permet une concertation étroite entre l'équipe LIFE et les agents de terrain.

F2. Monitoring scientifique

Les conséquences biologiques des travaux effectués sur la végétation devront être évaluées périodiquement à travers un réseau d'inventaires de la faune et de la flore.

Dès 2010, les premiers inventaires ont été réalisés, afin de qualifier l'état de dégradation initial des sites. Les inventaires qui seront réalisés ultérieurement permettront d'évaluer si les espèces visées par les travaux de restauration colonisent effectivement les zones restaurées.

Pendant la durée du projet (2010-2014), les divers inventaires sont assurés par l'équipe LIFE ou sous-traités à des experts.