Préparation

La première action consiste à cartographier de manière détaillée les différents sites à restaurer. Les différentes informations nécessaires sont collectées et insérées dans un système d'informations géographiques (SIG) : occupation actuelle du sol, potentiel d'accueil du milieu, identification des propriétaires et gestionnaires concernés, statuts de protection,... De plus, des prospections de terrain permettent d'obtenir de précieuses informations sur les sites : cartographie de la végétation, des drains et de l'épaisseur de tourbe, relevés biologiques, topographiques, évaluation de la valeur économique des peuplements résineux, ... Toutes ces informations permettent de déterminer de manière précise les habitats présents sur le site afin de connaitre, dès le début, la situation initiale.

À l'aide de cette cartographie combinée avec la carte des sols marginaux de Wallonie, des "habitats objectifs" sont définis. Il s'agit des habitats initaux qui devraient être retrouvés une fois restaurés.

Après la cartographie, la mise en œuvre des travaux de restauration implique une définition très précise des travaux à faire : coupes des épicéas, exportation des rémanents et/ou utilisation pour boucher les drains, remplissage des drains, creusements de dépressions,... Toutes ces informations permettent de définir les plans de restauration de chaque zone avec la définition des objectifs à atteindre, la définition des actions à faire, la chronologie des travaux à effectuer.

Maîtrise foncière d'usage

La réalisation des travaux de restauration n'est possible qu'après avoir obtenu l'accord des propriétaires concernés. Un gros travail de prise de contact et de négociation précède donc la phase de réalisation des travaux.

Les achats de terrains concernent soit des parcelles boisées de résineux, soit des parcelles ouvertes ou semi-ouvertes avec des habitats plus ou moins dégradés. L'objectif de cette action est d'acquérir au moins 200 ha de terrains afin de restaurer des milieux naturels, d'agrandir les sites actuellement protégés et de rétablir la connectivité entre des sites de grand intérêt écologique.

L'abandon de la spéculation sylvicole dans les zones les plus sensibles et les plus improductives est une action importante de ce projet LIFE. Cette action débute par l'abattage anticipé et l'exportation de plantations exotiques de résineux. Cette opération fait appel au circuit classique de la filière du bois et la plupart des bois sont vendus au profit de leur propriétaire. En cas d'exploitation des épicéas avant terme, les propriétaires bénéficient du versement d'indemnités de compensation du préjudice économique. Les zones restaurées seront protégées par un statut de RND ou RNA, via un contrat trentenaire ou à travers les plans d'aménagements forestiers.

Lors de l'étude des zones à restaurer, une attention particulière est portée aux exigences des forestiers quant à la stabilité des peuplements voisins et celles des chasseurs concernant le maintien de zones de remises pour le grand gibier.

Afin d'éviter les dégâts aux sols tourbeux et marécageux, les machines sont le plus souvent équipées de chenilles ou de pneus larges et circulent sur les branches des épicéas abattus.

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Débardage en billons dans la Grande Fange de Bihain

Actions concrètes de restauration

Coupe d'arbres isolés et de régénération

Les milieux naturels ouverts sont colonisés par une végétation arborée et arbustive lorsque les activités d'entretien, tel un pâturage très extensif, sont arrêtées. Il est important de pouvoir réouvrir les landes humides, landes sèches, nardaies, prés maigres abandonnés, mégaphorbiaies ou tourbières dégradées lorsqu'ils sont envahis par des semis naturels de résineux ou recolonisés par des feuillus.

Le travail consiste à débroussailler les semis, couper ou anneler sur pied les grands arbres.

Un autre cas concerne des zones déboisées ces dernières années sur sols très hydromorphes, paratourbeux ou tourbeux qui n'ont pas été replantées en raison de l'absence d'intérêt économique et qui sont aujourd'hui envahies de semis d'épicéas. Ces derniers, en fonction de leur taille et leur densité, peuvent être coupés ou broyés pour permettre une recolonisation de ces zones par la végétation naturelle : boulaies tourbeuses, aulnaies marécageuses, landes humides ou sèches, mégaphorbiaies, ... Lorsqu'il n'existe pas de remise à gibier proche, des bosquets de résineux sont toutefois maintenus localement afin de conserver des secteurs de quiétude pour les cervidés.

Cette action permettant de garder le milieu ouvert, elle est directement favorable aux oiseaux typiques de ces milieux : le busard Saint-Martin (Circus cyaneus), la grue cendrée (Grus grus), l'engoulevent d'Europe (Caprimulgus europaeus), la pie-grièche grise (Lanius excubitor), la pie-grièche écorcheur (Lanius collurio), le tarier des prés (Saxicola rubetra), le traquet motteux (Oenanthe oenanthe). Il est important de sélectionner quelques arbres qui seront conservés pour servir de perchoir à oiseaux. Les pies-grièches en auront également besoin pour installer leur nid.

Nettoyage de coupes à blanc

Dans les zones qui ont été mises à blanc dans le cadre de l'action Compensations pour coupes anticipées de résineux, il faut nettoyer le parterre de coupe. Cela consiste à éventuellement rassembler les rémanents, dégager les souches sur les zones qui pourraient ensuite faire l'objet de gestion par fauchage, mettre le sol à nu afin de favoriser le développement de la banque de graines. L'expérience des projets LIFE précédents démontre en effet que c'est lors de ces travaux de nettoyage qu'un certain nombre de travaux de restauration hydrique doivent être réalisés. On dispose en effet de la machine sur place qui peut être utilisée pour boucher les drains, créer des bourrelets en demi-lune (andains) perpendiculaires au sens de la pente pour favoriser l'accumulation de l'eau, voire creuser des mares.

Restauration hydrique des milieux tourbeux et paratourbeux

Une fois le sol libéré des peuplements résineux et des semis naturels, un large travail doit être réalisé sur le système hydrique, car sur ces sols tourbeux ou hydromorphes, les plantations résineuses avaient été précédées de la création d'un vaste réseau de drainage.

L'objectif de cette action est de bloquer l'eau au maximum, sur tous les sites, pour faire remonter le niveau de la nappe d'eau en vue de la redynamisation des tourbières tout en permettant d'éviter l'envahissement des sites par la molinie, qui meurt par asphyxie dans les ennoiements permanents.

Plusieurs méthodes sont possibles, parmi lesquelles la mise en place d'innombrables bouchons d'argile sur les drains, le décapage de milieux tourbeux ou paratourbeux dégradés ainsi que par la construction de digues.

1) Bouchage des drains

De nombreux drains asséchaient les zones enrésinées. Lors des travaux de nettoyage de coupe après mise à blanc des épicéas, ceux-ci sont bouchés à intervalles réguliers avec de l'argile ou de la tourbe prélevée dans le drain. Cette méthode permet de créer des petites mardelles successives. Une fois remplies, elles débordent et l'eau circule lentement de barrage en barrage, sur une large surface qui est réhumidifiée.

Cette action est indispensable pour restaurer la qualité hydrique des zones qui sont encore occupées par les habitats visés, souvent en mauvais état de conservation suite à l'assèchement du substrat (boulaies tourbeuse, aulnaies, mégaphorbiaies, tourbières hautes actives, hautes dégradées et de transition, landes humides, aulnaies marécageuses, bas-marais acides). De nombreuses espèces bénéficieront de ces travaux par la création de biotopes adéquats. Les libellules sont particulièrement concernées.

2) Décapage

Le décapage consiste à enlever la couche superficielle du sol (jusqu'à 30 cm) pour atteindre le niveau de la nappe d'eau. Cette action est réalisée dans les zones tourbeuses fortement dégradées et envahies par la molinie.

Par cette technique il est possible de recréer, sur de la tourbe nue, des conditions hydrologiques favorables à l'établissement de diverses espèces typiques des tourbières et des sphaignes en particulier, espèces qui seront à la base de la relance des processus de tourbification. On espère donc voir ces milieux décapés évoluer en tourbières hautes par comblement des mardelles et ombrotrophisation (formation de tourbières par atterrissement). Ces mares sont primordiales pour garantir à certaines espèces la présence d'une lame d'eau suffisante même en période de sécheresse. Elles seront en particulier favorables à diverses espèces d'Odonates dont des espèces tyrphophiles et tyrphobiontes rares et protégées.

Cette action est absolument nécessaire dans certaines zones de tourbières très dégradées où l'hydrologie d'origine n'est pas directement restaurable.

3) Construction de digues

Il est nécessaire dans certaines zones de construire de véritables digues en argile ou en tourbe prélevées sur place. Ce processus crée, en amont, des plans d'eau de faible profondeur, dans lesquels se développe la végétation typique des marais tourbeux, prélude à la formation des tourbières de transition qui évolueront en tourbières hautes.

Étrépage et fraisage de restauration

Une grande partie des landes sèches et tourbeuses, ainsi que les tourbières dégradées présentes dans le périmètre du projet sont fortement envahies par la molinie (Molinia caerulea) ou par la fougère aigle (Pteridium aquilinum), et sont donc dans un mauvais état de conservation. Progressivement, la graminée et la fougère dominent l'ensemble des milieux, font disparaitre les espèces typiques des associations végétales et finissent par devenir exclusives. Pour restaurer ces milieux, le projet LIFE a utilisé deux techniques : l'étrépage et le fraisage.

1) Étrépage

L'étrépage consiste à décaper et enlever la couche superficielle du sol (environ 10 cm) à l'aide d'une pelle mécanique en éliminant ainsi totalement la végétation de surface, pour mettre le sol à nu et réactiver la banque de graines. Cette technique permet de reconstituer très rapidement des landes sèches et tourbeuses typiques, qui doivent par la suite faire l'objet d'une gestion plus ou moins régulière. Ce type de travail minutieux génère un volume important de matières organiques et minérales. Les résidus de l'étrépage, plutôt que d'être exportés, servent en partie au colmatage de drains longeant les zones de travaux. Le reste est étendu en andains.

2) Fraisage

Le fraisage est moins efficace que l'étrépage, mais moins coûteux. La végétation et la couche superficielle du sol sont broyées jusqu'à 10 cm de profondeur. Le broyat est ensuite raclé à l'aide d'une lame.

Régénération des feuillus

La technique utilisée par le projet LIFE pour contrôler l'effet de la dent du gibier est relativement simple. Différentes zones, notamment celles qui bordent les réserves naturelles ouvertes, sont mises sous clôture pour créer des lisières progressives feuillues en transition avec la forêt de production. Les clôtures temporaires permettent ainsi d'exclure de la zone les cerfs, chevreuils et sangliers jusqu'à ce que les arbres soient assez grands et se régénèrent naturellement. Afin de diversifier les essences feuillues, un coup de pouce est donné via la plantation notamment de chêne sessile, de chêne pédonculé, de bourdaine, de peuplier tremble, de sorbier des oiseleurs, de pommier sauvage, etc.

Cette action concerne de nombreuses zones qui seront restaurées, tant sur des sols paratourbeux ou très hydromorphes que sur des sols plus secs, car il est indispensable que puissent s'y développer des noyaux de boulaies tourbeuses, de chênaies pédonculées à bouleaux, d'aulnaies rivulaires le long des ruisselets et de hêtraies à luzule.

Contrôle de la régénération résineuse dans les zones déboisées

Lorsque les premiers travaux de restauration par coupe à blanc de résineux seront entrepris, on peut s'attendre à une colonisation de jeunes épicéas assez rapide. Dans d'autres cas, une régénération naturelle existe déjà sous les peuplements mâtures et elle peut rester très dynamique malgré les coupes et le nettoyage du parterre. On prévoit donc de contrôler la régénération résineuse dans les zones de coupes à blanc, en un passage au cours des deux dernières années du projet LIFE+.

Cette action est nécessaire pour permettre à la végétation naturelle des tourbières, des landes tourbeuses, des aulnaies, des chênaies pédonculées et des boulaies tourbeuses de se développer.

Fauchage de restauration

1) Les zones envahies par la fougère aigle

Divers secteurs sont envahis par la fougère aigle (Pteridium aquilinum). Une des techniques permettant de la faire régresser est l'étrépage, ce qui permet en même temps de restaurer les milieux de landes (sèches et humides). Il est cependant nécessaire par la suite - durant quelques années - de faucher ou débroussailler deux fois par an les frondes qui subsistent, afin d'épuiser les rhizomes. Deux techniques différentes ont été utilisées lors du projet LIFE Ardenne liégeoise : le broyage avec tracteur et broyeur à marteaux ou le rouleau brise-fougère.

2) Les prairies peu dégradées

Certains secteurs prairiaux sont un peu dégradés du fait de leur abandon. Ils peuvent être aisément restaurés par un fauchage de restauration, avant d'être entrentenus annuellement par un fauchage tardif effectué par des agriculteurs touchant des MAE.

3) Les landes vieillissantes

Certains secteurs de landes en bon état de conservation sont cependant vieillissantes et nécessitent un fauchage de rajeunissement, permettant de retrouver des stades de landes plus dynamiques. En effet, une fauche à 10-20 cm du sol permet de recéper les buissons d'éricacées ainsi que de mettre en lumière la base des buissons et réactiver la banque de graines.

Pâturage

La gestion par pâturage est une alternative très efficace au fauchage dans la gestion d'entretien des milieux ouverts, notamment de landes et prés maigres. Le pâturage extensif vise en effet à empêcher la colonisation par les arbustes et les arbres, renouvelant la végétation herbacée et créant un certain nombre de perturbations très locales qui permettent de diversifier les habitats.

Les enclos mis en place peuvent accueillir des vaches ou des moutons rustiques adaptés aux conditions du terrain. Le pâturage est réalisé avec l'aide d'agriculteurs locaux touchant des MAE.