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251 - Décanteurs de l'ancienne râperie de Waremme

Site de Grand Intérêt Biologique (SGIB)

Communes :Waremme
Cantonnements DNF :Liège
Surface :14.58 ha
Coordonnées :X Lambert : 214162 - Y Lambert : 153881
Voir la carte du site (statique) ou sa localisation avec Google map

Intro

Brève description

Situés au coeur de la Hesbaye, dans une région d'agriculture intensive, les décanteurs de l'ancienne râperie de Waremme étaient initialement au nombre de six. Après la fermeture de cette râperie, une partie du site fut remblayé tandis que trois bassins ont été maintenus tels quels et sont toujours visibles actuellement. Comme zones refuges pour la flore et la faune, ils sont depuis 1980 dévolus à la protection de la nature et sont gérés par une association locale, en collaboration avec la ville de Waremme. Le site constitue notamment une importante halte en période migratoire pour l'avifaune (limicoles, canards, ...); il héberge également quelques espèces nicheuses remarquables comme le grêbe à cou noir (Podiceps nigricollis) et le grêbe castagneux (Tachybaptus ruficollis). La flore n'est pas en reste avec la présence de plantes rares comme la patience maritime (Rumex maritimus) ou encore l'hépatique Riccia cavernosa liée aux vases exondées.

Rappel : toute circulation en dehors de la voie publique requiert l'accord préalable du propriétaire ou de son délégué.

Carto

Régions naturelles

  • D0 - Hesbaye
  • D3 - Hesbaye sèche

Limites administratives

Ancienne(s) commune(s)SurfaceNouvelle(s) commune(s)Province(s)
Waremme14.58 haWAREMMELIEGE

Cantonnements DNF

Cantonnement(s)SurfaceDirection(s)
Liège14.58 haLiège

Mentions dans d'autres inventaires de sites

A compléter

Site classé

Site non classé.

Propriétaire(s)

Privé(s) Oui  ONG Non  Communes Non  Région Non  Autres publics Non

Sites protégés

Code du siteNom du siteSurface
226Décanteurs de l'ancienne râperie de Waremme14,58 ha

Espèces

Espèces de valeur patrimoniale

TaxonStatut de protectionListe rougeStatutAnnéeRep*ProtectionSource
Animaux - Vertébrés - Oiseaux
Acrocephalus palustrisOuiNonNicheur2009A.Jortay et al.
Acrocephalus schoenobaenusOuiOuiPassageA.Jortay et al.
Acrocephalus scirpaceusOuiNonNicheur (1-3 couples)A.Jortay et al.
Actitis hypoleucosPassageA.Jortay et al.
Anas clypeataOuiOuiNicheur occasionnel (1 couple en 1994)2008A.Jortay et al.
Anas creccaNonOuiPassage, hivernage (200-500 ex.)2008A.Jortay et al.
Aythya ferinaOuiOuiPassage/hivernageA.Jortay et al.
Charadrius dubiusOuiNonPassage (nicheur disparu)A.Jortay et al.
Emberiza citrinellaOuiNonNicheur (1 couple)A.Jortay et al.
Emberiza schoeniclusOuiNonNicheur occasionnel (1 couple)2009A.Jortay et al.
Fulica atraNonNonNicheur (10-15 couples)2008A.Jortay et al.
Gallinago gallinagoOuiOuiPassage/hivernageA.Jortay et al.
Gallinula chloropusOuiNonNicheur (5-10 couples)2008A.Jortay et al.
Hippolais icterinaOuiNonNicheur
Jynx torquillaOuiOuiPassage
Luscinia svecicaOuiNonPassage
Muscicapa striataOuiNonNicheur
Oenanthe oenantheOuiNonPassage
Podiceps nigricollisOuiNonNicheur (1 couple)2008E. Bisteau, JY Baugnée
Riparia ripariaOuiNonPassage
Saxicola rubetraOuiOuiPassage
Saxicola torquatusOuiNonPassage
Streptopelia turturOuiOuiNicheur (1 couple)2008A.Jortay et al.
Tachybaptus ruficollisOuiNonNicheur (5-6 couples)2009A.Jortay et al.
Tadorna tadornaOuiNonEstivageA.Jortay et al.
Tringa glareolaOuiNonPassage
Tringa ochropusOuiNonPassage
Tringa totanusOuiNonPassage
Animaux - Vertébrés - Amphibiens
Bufo bufoOuiNonAves-Rainne (A.Jortay et al.)
Bufo calamitaOuiOuiAves-Rainne (A.Jortay et al.)
Pelophylax kl. esculentusOuiNon2008E. Bisteau, JY Baugnée
Invertébrés - Insectes - Papillons diurnes
Leptidea sinapisNonNon1 ex.2008E. Bisteau, JY Baugnée
Invertébrés - Insectes - Libellules
Sympecma fuscaOuiOui1 ex.2008E. Bisteau, JY Baugnée
Invertébrés - Insectes - Orthoptères
Phaneroptera falcata2008E. Bisteau, JY Baugnée
Tetrix tenuicornis2008E. Bisteau, JY Baugnée
Plantes - Plantes supérieures
Alopecurus aequalis2009E. Bisteau, JY Baugnée
Bidens radiata2 pieds2008E. Bisteau, JY Baugnée
Chenopodium glaucum2009J. Lambinon, E. Bisteau, JY Baugnée
Chenopodium rubrum2008E. Bisteau, JY Baugnée
Epipactis helleborine> 10 pieds2008E. Bisteau, JY Baugnée
Rumex maritimus20 pieds2008E. Bisteau, JY Baugnée
Schoenoplectus lacustrisQuelques pieds2008E. Bisteau, JY Baugnée

Commentaires sur la faune

Des pièges à petits rongeurs ont permis de capturer Sorex araneus, Microtus arvalis, M. agrestis, Clethrionomys glareolus, Arvicola terrestris, Micromys mimutus, Talpa europaea, Oryctolagus cuniculus, Lepus capensis, Mustela erminea, Putorius putorius ont été décelés.

108 espèces d'oiseaux ont été observées sur le site, 90 sont observées chaque année, une trentaine d'espèces sont susceptibles d'y nicher. De 1967 à 1979, 9240 spécimens furent bagués appartenant à 69 espèces différentes et de 1981 à 1989, 6755 oiseaux ont été bagués. En 1990, 2136 oiseaux ont été bagués dont 829 rousserolles effarvattes. En été et en automne, la quantité d'invertébrés aquatiques est énorme à Waremme ( daphnies, copépodes, larves de Disptères, de Disticidés, Hydrophilidés, Notonectes, Nèpes, Coryses,...) et met donc à la disposition des limicoles un important stock de nourriture. Les bassins de décantation de Waremme se trouvent inclus dans tout un réseau de décanteurs qui sont disséminés dans la zone de culture de la betterave sucrière depuis la France jusqu'à l'Allemagne. Cet ensemble est un important réseau de relais migratoire. Les bassins de décantation de Waremme constituent en Hesbaye sèche, un îlot humide favorable à la concentration d'oiseaux et des biotopes variés (vasières, eaux libres, friches, buissons,... attirent de nombreux nicheurs).

Parmi les oiseaux les plus intéressants observés dans la réserve citons Charadrius dubius dont l'extension récente est favorisée par les sites anthropisés, Gallinago gallinago, Tringa hypoleucos, T. ochropus, T. glareola, T. totanus, Jynx torquilla, Riparia riparia, Acrocephalus schoenobaenus, A. palustris, A. scirpaceus, Hippolais icterina, Ficedula hypoleuca, muscicapa striata, Oenanthe oenanthe, Saxicola rubetra, S. torquata, Luscinia avecica, Emberiza schoeniclus, etc.
Rana esculenta, Bufo bufo et B. calamita ont été aperçus dans la réserve.

Commentaires sur la flore

Bryophytes (données A. & O. SOTIAUX et A. VANDERPOORTEN, 2008 - bassin oriental):
Barbula convoluta, Barbula unguiculata, Bryum argenteum, Bryum dichotomum, Bryum gemmiferum, Bryum klinggraeffii, Bryum rubens, Dicranella schreberiana, Dicranella staphyllina, Dicranella varia, Didymodon tophaceus, Funaria hygrometrica, Marchantia polymorpha, Phascum cuspidatum, Pohlia melanodon, Riccia cavernosa, Riccia glauca, Riccia sorocarpa, Riccia subbifurca, Tortula truncata.

Espèces exotiques

Amaranthus retroflexus, Conyza canadensis, Cyperus esculentus var. leptostachyus, Echinochloa crus-galli, Galinsoga quadriradiata, Senecio inaequidens.

Conservation

Objectifs de conservation

Protection de la faune et de la flore. Pratique de l'ornithologie en général, observation des oiseaux, en particulier baguage en collaboration avec l'I.R.S.N.B.

Menaces

Disparition du caractère fluctuant du niveau des eaux, limitant la formation des vasières. Dépôts de déchêts divers (surtout le long du chemin bordant le bassin 6.

Recommandations

A compléter

Plan de gestion

Les mesures de gestion comprennent la délimitation des activités et zones autorisées, et l'entretien et la surveillance du site.
Sont exclues toutes les activités qui pourraient porter préjudice à la propreté et la tranquillité des lieux et de ses habitants : chasse (y compris dans la zone tampon comprise entre la route au nord, le chemin de fer au sud, et le village de Bleret), utilisation de véhicules à moteur ou de vélos, la circulation des chiens.
Pour des raisons de sécurité, les visiteurs occasionnels doivent rester au sommet des digues extérieures. La circulation sur les digues intérieures est interdite sans autorisation.
Face aux rassemblements d'oiseaux, soyez très discrets pour éviter toute panique et un envol massif, surtout lors des grands froids et du 15 août au 31 janvier (période de chasse aux canards) ; l'abri qui surplombe le bassin 5 sur la digue extérieure peut être utilisé à cette fin.
La recherche scientifique est encouragée dans la réserve, notamment le baguage des oiseaux migrateurs. Pour tout projet de recherche (mémoire, thèse…) n'hésitez pas à contacter le conservateur.
Pour des visites guidées, n'hésitez pas non plus à contacter le conservateur.
Un observatoire ornithologique a été aménagé au bord du bassin 5 en 1998.
L'entretien des chemins et des digues par fauche est réalisé en étroite collaboration et avec l'aide du personnel de la Sucrerie de Hollogne-sur-Geer (et de firmes extérieures qu'ils mandatent occasionnellement).

Accès du public

Site protégé à accès strictement réglementé, permis et affiliation à l'association 'Réserve Naturelle de Waremme' obligatoires. Publication d'une brochure et d'un périodique 'Le Petit Gravelot'.

Détails

Description physique

Les réserves naturelles du type 'décanteur' étant assez particulières, il nous paraît important de reprendre ici de larges extraits de HERMAN (1980) pour en expliquer l'origine, le fonctionnement, la nature des eaux, etc.

Le site de Waremme est un site industriel constitué de six bassins de décantation de la râperie de Waremme, situé entre la ville de Waremme et le village de Bléret (1,5km du centre de la ville); en limite d'une zone industrielle réservée aux petites et moyennes entreprises, actuellement encore entourée en grande partie de terrains de culture. 'Les activités d'une râperie se résument de la façon suivante :

- réception des betteraves;

- lavage à froid;

- découpage en fines lamelles ou cossettes;

- extraction du sucre par diffusion continue : les cossettes rencontrent l'eau à 70-74°C. Les cossettes vides constituent la pulpe pour l'alimentation du bétail;

- le jus sucré est additionné de lait de chaux pour constituer le jus chaulé (pH 11-12) qui est refroidi à ± 25° et acheminé par pipe-line (25km) vers la sucrerie de Wanze.

La râperie de Waremme traite environ 300.000 tonnes de betteraves par an. Le transport des betteraves, depuis les silos de réception de l'usine jusqu'au lieu de traitement, se fait par voie hydraulique. Sur le trajet se trouvent des désherbeurs et des épierreuses. A l'entrée du lavoir a lieu la séparation entre les betteraves et l'eau de transport. Dans le lavoir, l'eau est renouvelée. Les eaux boueuses (de transport, de lavage, de ruissellement de la cour de l'usine) vont dans un premier décanteur cylindrocônique à l'usine même :
- la surverse retourne dans le circuit de transport des betteraves;
- la sous-verse est pompée vers les bassins de décantation pour la décantation des boues.

Les bassins de décantation sont généralement disposés en cascade : les plus élevés servent à la décantation des boues, les autres reçoivent les eaux. Une station de pompage renvoie une partie des eaux clarifiées vers l'usine.

L'existence des bassins de décantation est une nécessité vitale pour les sucreries. Actuellement ces terrains sont considérés comme mis en utilisation industrielle temporaire (20-30 ans).

Les eaux en provenance de l'usine contiennent des boues, mais également de la matière organique dont la dégradation se fait soit en aérobiose, soit en anaérobiose. La dégradation en aérobiose est la plus favorable (pas d'odeurs,...) c'est pourquoi l'idéal pour chaque bassin est d'avoir une surface plane de décantation la plus étendue possible, avec faible profondeur d'eau (0,5 à 1m max.). Des machines destinées à brasser l'eau sont d'ailleurs installées à certains endroits pour en améliorer l'oxygénation. Aucune végétation arbustive n'est tolérée dans le fond des bassins (obstacle à l'étalement de boues). La végétation herbacée peut également poser des problèmes lors du pompage des eaux, mais elle a une action d'épuration naturelle des eaux, de consolidation des berges, d'augmentation de l'évaporation. Elle permet aussi le développement de la faune et a un intérêt esthétique. Le limon déposé au fond des bassins donne des terres riches, mais déstructurées et fluctuantes.

Actuellement, les bassins 1,2,3 sont d'anciens bassins remplis de terre et qui sont laissés tels quels, les bassins 4 et 6 reçoivent les eaux boueuses et on recueille les eaux décantées dans le bassin 5 pour les renvoyer à l'usine.

Les digues des décanteurs doivent être dégagées pour que l'on puisse y installer et y déplacer les tuyaux qui amènent boues et eaux usées. C'est pourquoi les arbustes sont éliminés des digues et le dessus des berges est passé à l'herbicide, mais ces dernières années cette pratique a été remplacée par le fauchage. La râperie est obligée de pratiquer l'échardonnage en bordure du site et veille à éliminer les arbres qui pourraient s'avérer dangereux pour les berges. Les rats musqués sont éliminés également.

Description biologique

Le site des décanteurs de Waremme est surtout connu pour son intérêt ornithologique mais il a été étudié sur le plan botanique par plusieurs auteurs depuis la fin des années 1970. On peut citer successivement HERMAN et DEPREZ (1980), DEPREZ et LERUTH (1981), SAINTENOY-SIMON (1990), MAHU et al. (2000).
Sur base d'observations effectuées le 13 août 1990 par J. SAINTENOY-SIMON, principalement dans les décanteurs situés à l'est du site, on note que les milieux et la végétation sont globalement très rudéralisés.
Un relevé effectué dans le bassin n°4, sur la partie moyenne des digues, montre: Matricaria maritima subsp. inodora (3.3), Cirsium arvense (1.1), Artemisia vulgaris (1.1), Polygonum aviculare (1.1), Rumex obtusifolius (1.1), Chenopodium album (1.1), Chenopodium rubrum (1.1), Sinapsis arvensis (1.1), ainsi que Rumex crispus, Persicaria lapathifolia, Atriplex prostrata, Atriplex patula, Tussilago farfara, Poa annua, Poa trivialis, Conyza canadensis, Papaver rhoeas, Cirsium vulgare, Alopecurus myosuroides, Lactuca serriola, Galeopsis tetrahit, Aphanes arvensis, Solanum dulcamara, Plantago major, Medicago lupulina, Juncus bufonius, Epilobium angustifolium, Epilobium parviflorum, Apera spica-venti, Myosoton aquaticum, ...
Les bords plus ou moins récemment exondés du bassin et les vases du fond sont envahis par une végétation luxuriante à base de Chenopodium rubrum (2.2), Chenopodium ficifolium (1.2), Chenopodium album (+), Atriplex prostrata (2.2), Persicaria lapathifolia (1.2), Polygonum aviculare (1.1), Amaranthus retroflexus (+), etc.
Des 'berges' en pente plus douce (décanteurs 5 et 6) sont envahies par des espèces de friche parmi lesquelles Daucus carota, Artemisia vulgaris, Elymus repens, Lolium perenne, Dactylis glomerata, Holcus lanatus, Picris hieracioides, Lactuca serriola, Cirsium vulgare, Cirsium arvense, Tussilago farfara, Torilis japonica, Trifolium hybridum, Equisetum arvense, Medicago lupulina, Senecio jacobaea, Odontites vernus subsp. serotinus, Conyza canadensis, Leontodon autumnalis, Hieracium sabaudum,... Cette friche est relayée sur les boues séchées par un groupement à Matricaria maritima subsp. inodora qui vers les vases encore humides se borde d'un liseré de Bidens frondosa, Ranunculus sceleratus, Echinochloa crus-galli, qui forment un Bidention fragmentaire et par quelques pieds de Typha latifolia. Vers le centre du décanteur, sur les vases en voie d'assèchement, se forme une ceinture de Chenopodium rubrum toujours aussi luxuriants.
Au sommet des digues existent localement des fourrés de Rubus sp. Sur terre nue on peut trouver exceptionnellement Coronopus squamatus. Sur les versants extérieurs des digues on observe Salix caprea, Salix viminalis, Acer pseudoplatanus, Sambucus nigra,... Vers le bassin n° 3, des filets sont disposés pour capturer des oiseaux et les baguer. Des fourrés de saules très denses existent à cet endroit, entrecoupés de friches où les Cirsium vulgare, Cirsium arvense, Urtica dioica, Rumex obtusifolius dominent. Dans les dépressions humides, Typha latifolia, Epilobium hirsutum, Persicaria lapathifolia, Artemisia vulgaris, Cirsium arvense, Matricaria maritima subsp. inodora se côtoient. Les mares aux eaux vertes sont envahies par des algues.
D'après MAHU et al. (2000) on observe sur l'ensemble des bassins, à la fois une végétation herbacée très dense avec une domination de plantes envahissantes : Urtica dioica, Rubus spp., Heracleum sphondylium, Artemisia vulgaris, et également une colonisation rapide des végétaux ligneux qui sont déjà majoritaires sur les talus extérieurs du site, ce qui contraste avec la situation des années 1980.
En effet, la réserve naturelle de Waremme est un ensemble de milieux qui évoluent. Elle n'est plus telle qu'elle était à sa création, tout en n'ayant pas encore atteint son stade d'équilibre ou de maturité (climax). Au départ, elle était composée de milieux artificiels liés à une activité industrielle, milieux totalement dépendants de l'action humaine (fauchage des digues, apport de boues dans les bassins). Cette activité s'est modifiée, la râperie a cessé ses activités, beaucoup de zones herbeuses ne sont plus fauchées, les apports de boues ont cessé. Ceci a eu les conséquences suivantes :
* là où le niveau d'eau ne s'est pas maintenu, plusieurs plantes en ont profité pour s'installer en force: citons Typha latifolia, Phragmites australis, Salix spp. sur les berge, Urtica dioica et Rubus spp. sur les digues ;
* les zones herbeuses n'ont subsisté que là où l'action de l'homme s'est poursuivie; pour permettre le passage aisé des visiteurs et des observateurs, certains sommets de digues sont fauchés annuellement, ainsi que les digues le long de la route pour la prévention de l'extension des chardons pour l'agriculture. Là, les arbustes sont absents et le sol reste couvert de différentes graminées, associées aux trèfles (Trifolium spp.) et à différentes plantes herbacées de petite taille.
* les zones de vases ont disparu ou presque, elles n'apparaissent plus que marginalement en cas de baisse du niveau des eaux (en particulier sur le bassin 6) ;
* des surfaces d'eau libre se sont maintenues ou même se sont étendues, par apport d'eau de la râperie et des autres bassins et par apports naturels (fluctuation du niveau d'eau de certains bassins avec les pluies) ;
* la recolonisation arbustive et forestière est en cours et s'accélère au fil des années en l'absence d'intervention (surtout dans l'ouest du site).
Par rapport à l'inventaire dressé par HERMAN et DEPREZ en 1980, on constate actuellement que pratiquement toutes les plantes inventoriées sont encore présentes. Il y a toutefois des modifications quantitatives, et il est certain que d'autres changements apparaîtront encore à l'avenir.
Bassin 1: C'est le plus ancien des bassins de décantation du site et est situé dans sa partie ouest. Il a été totalement comblé par les boues qui provenaient du lavage des betteraves. La végétation ligneuse, notamment le saule blanc (Salix alba) et le saule marsault (Salix caprea), recouvre l'entièreté de la surface. Aux endroits où le couvert n'est pas encore suffisamment dense, les orties (Urtica dioica) et les ronces (Rubus spp.) couvrent le sol. Ces dernières espèces sont également présentes sur le sommet des berges de tous les bassins.
Bassin 2: Egalement comblé, le bassin 2, malgré une végétation presque identique par endroits à celle du bassin 1, présente encore une zone couverte de roseaux (Phragmites australis). Cette espèce a fort affaire avec Urtica dioica et Galium aparine qui prennent le relais suite à l'assèchement, ayant déjà envahi certaines zones naturellement plus sèches. Sur la digue jouxtant le bassin 3, le sureau noir (Sambucus nigra) est omniprésent.
Bassin 3: Ne recevant plus d'eau de récupération depuis moins longtemps, la végétation arbustive s'implante progressivement, comme dans le bassin 2. Ce bassin est colonisé par la Urtica dioica, Cirsium arvense, Epilobium hirsutum, Epilobium angustifolium, Artemisia vulgaris, Heracleum sphondylium, etc.
Bassins 4 et 5: L'eau est présente sur toute la surface, excepté parfois en bordure où il subsiste quelques plages enherbées. Sur les berges, les ligneux s'installent, notamment les saules (Salix spp.) mais aussi Prunus avium, Sambucus nigra et Crataegus monogyna. La strate herbacée domine avec de nombreuses espèces des champs et des talus. Les berges du bassin 4, surélevées il y a quelques années, sont couvertes par une végétation herbacée moins dense avec ça et là, quelques ligneux. Matricaria maritima subsp. inodora forme parfois des massifs importants sur les digues et dans les zones asséchées. En 2009, un important herbier de Potamogeton pectinatus est visible dans le bassin 4, tandis que les berges exondées (en août) sont colonisées par Ranunculus sceleratus notamment (obs. J.-Y. BAUGNEE et E. BISTEAU).
Bassin 6: Le bassin 6 a été divisé récemment en deux zones. Il présente ainsi désormais plusieurs stades de colonisation des milieux humides, depuis l'eau libre, les plages de vases colonisées par Ranunculus sceleratus, Juncus effusus, Phragmites australis, et Typha latifolia, et une frange de saules (Salix viminalis, Salix alba, …). Ce bassin présente aussi, en bordure, des plages couvertes de plantes herbacées à grand développement : ombellifères, armoise... Sur les berges, les plantes annuelles et vivaces sont bien installées en dessous d'une strate arbustive composée principalement de saules (Salix spp.) mais aussi de Prunus avium, Sambucus nigra, Cornus sanguinea, Crataegus monogyna, Rosa canina s.l. et quelques exemplaires de Betula pendula. La Clématite des haies Clematis vitalba s'accroche parfois ça et là à quelques arbustes.
Ce bassin, le seul à présenter encore - au moins temporairement - de vastes zones exondées, a fait l'objet d'un relevé bryologique le 28 octobre 2008 par A. et O. SOTIAUX et A. VANDERPOORTEN (non publié). Une vingtaine d'espèces y ont été recensées: Barbula convoluta, Barbula unguiculata, Bryum argenteum, Bryum dichotomum, Bryum gemmiferum, Bryum klinggraeffii, Bryum rubens, Dicranella schreberiana, Dicranella staphyllina, Dicranella varia, Didymodon tophaceus, Funaria hygrometrica, Marchantia polymorpha, Phascum cuspidatum, Pohlia melanodon, Riccia cavernosa, Riccia glauca, Riccia sorocarpa, Riccia subbifurca, Tortula truncata. Il s'agit de mousses pionnières colonisant les sols sablo-limoneux ou limono-argileux, humides, neutres ou légèrement basiques, plus ou moins eutrophisés. La plupart d'entre-elles se retrouvent dans les champs cultivés, les éteules, les jardins, les plages nues dans les près... Elles sont donc assez fréquentes, à l'exception d'une espèce qui mérite une mention spéciale: Riccia cavernosa, hépatique à thalle typique des vases exondées méso à eutrophes, rare dans tous les districts phytogéographiques de Belgique.
En automne une plante nouvelle pour la flore wallonne a été observée sur la vasière du bassin 6: il s'agit de Bidens radiata, une espèce probablement amenée par les oiseaux migrateurs (obs. E. BISTEAU et J.-Y. BAUGNEE).
Quelques néophythes ont été observés en 2008, comme Conyza canadensis, Echinochloa crus-galli et surtout Cyperus esculentus var. leptostachyus (det. J. Lambinon) qui forme un massif au début du chemin menant au bassin 6.


Intérêt faunistique (MAHU et al., 2000) :
Le site abrite une station de baguage des oiseaux, supervisée par l'IRSNB et dont la permanence était tenue dans les années 1980-1990 par C. PIROTTE, A. CHARLIER et C. PROSMANS. Durant cette période, près de 29000 oiseaux appartenant à près de 150 espèces furent ainsi capturés, identifiés, bagués et ensuite relachés.
L'existence de plusieurs bassins toujours sous eau et une certaine tranquilité des lieux explique la présence d'une importante population de canards, qui est un des points forts de la richesse ornithologique actuelle de la réserve. Par rapport à la situation existant en 1980, le nombre d'espèces observées a presque doublé (passant de 8 à 13), et les nombres observés ont fortement augmenté.
Le Canard colvert (Anas platyrhynchos) est l'espèce la plus régulière et la plus abondante; c'est la seule espèce à nicher régulièrement (environ 10 couples). En hiver, des groupes atteignant 900 oiseaux sont parfois observés.
La Sarcelle d'hiver (Anas crecca), est l'autre espèce la plus régulière en hiver mais ne niche pas sur le site. Des groupes de 200 à 300 oiseaux ne sont pas rares.
D'autres canards sont susceptibles d'êtres observés en petit nombre, comme le Fuligule milouin (Aythya ferina), le Fuligule morillon (Aythya fuligula) nicheur en 1999 (3 couples), le Canard siffleur (Anas penelope), la Sarcelle d'été (Anas querquedula), le Canard pilet (Anas acuta), le Canard chipeau (Anas strepera), etc.
Le Tadorne de Belon (Tadorna tadorna) est un estivant plus ou moins régulier, de même que le Cygne tuberculé (Cygnus olor).
D'autres oiseaux d'eau sont nicheurs. La Foulque macroule (Fulica atra) compte jusqu'à 17 couples (JORTAY, 2002), et le Grèbe castagneux (Tachybaptus ruficollis) jusqu'à six couples. La Mouette rieuse (Larus ridibunda) essaie parfois aussi de nicher sur un îlot du bassin 5.
Couvrant autrefois de larges surfaces, les vasières sont maintenant limitées aux zones asséchées lors de la baisse du niveau d'eau, par exemple lors d'étés secs. A l'heure actuelle, elles sont les mieux représentées sur le bassin 6. Ces zones étaient le site de prédilection du Petit Gravelot (Charadrius dubius), aujourd'hui disparu comme nicheur de la Réserve mais que l'on peut encore observer en migration, principalement au printemps. C'est l'emblème de la Réserve naturelle. Une autre espèce, le Grand Gravelot (Charadrius hiaticula), se rencontre également en migration, quoique plus rarement.
D'autres échassiers s'observent encore aujourd'hui dans la Réserve, malgré l'évolution défavorable de l'étendue des vasières. Citons comme espèces principales le Chevalier cul-blanc (Tringa ochropus) et le Chevalier guignette (Actitis hypoleucos), ainsi que les Chevaliers aboyeur (Tringa nebularia), sylvain (Tringa glareola), gambette (Tringa totanus), le combattant varié (Philomachus pugnax), les Bécasseaux variable (Calidris alpina), minute (Calidris minuta) et cocorli (Calidris ferruginea), etc.
En automne 2008, un bécasseau maubèche (Calidris canutus), rare à l'intérieur des terres, a été observé sur le bassin 6 (JY BAUGNEE et al.)
La Bécassine des marais (Gallinago gallinago) et la très discrète Bécassine sourde (Lymnocryptes minimus) fréquente régulièrement le site en passage et en hiver. Le Vanneau huppé (Vanellus vanellus) quant à lui niche dans les champs aux abords de la Réserve et visite regulièrement les vasières.
La Poule d'eau (Gallinula chloropus) est régulièrement aperçue sur les bassins riches en végétation où jusqu'à 10 couples sont signalés certaines années.
Les roselières abritent quelques couples de Rousserolle effarvatte (Acrocephalus scirpaceus) et plus occasionnellement le Bruant des roseaux (Emberiza schoeniclus).
L'ensemble du site est également fréquenté par divers rapaces dont peu nichent toutefois localement.
Les parties boisées accueille une faune à caractère forestier, comme le Geai des chênes (Garrulus glandarius), le Pinson des arbres (Fringilla coelebs), la Fauvette à tête noire (Sylvia atricapilla), le Pigeon ramier (Columba palumbus), l'Epervier d'Europe (Accipiter nisus), la Corneille noire (Corvus corone), la Mésange charbonnière (Parus major), le Pic épeiche (Dendrocopos major), la Buse variable (Buteo buteo), la Chouette hulotte (Strix aluco).
Sur le plan herpétologique, l'espèce phare est le Crapaud calamite (Bufo calamita). Divers observations ont eu lieu durant les années 1980-1990. Sa présence actuelle devrait toutefois être confirmée. Le Crapaud commun (Bufo bufo) est aussi présent dans la réserve, de même que la Grenouille verte (Rana kl. esculenta) laquelle a fortement régressé par rapport à la situation de 1980. La Grenouille rousse (Rana temporaria) est exceptionnellement observée.
Différents mammifères sont signalés, comme le Putois (Mustela putorius), le lapin de garenne (Oryctolagus cuniculus), ...

Monument naturel

Aucun monument.

Monument historique

Passage à peu de distance de la chaussée romaine de Bavai à Trèves, dite chaussée Brunehaut, jalonnée de nombreux tumuli. Vestiges du Néolithique à Omal.

Histoire du site

Sur la carte de Ferraris, la région était occupée au XVIIIe siècle par des cultures.

Divers

Sources

RESNAT
OFFH

Répondants de l'information

J. SAINTENOY-SIMON (A.E.F., Rue Arthur Roland, 61, 1030 Bruxelles). - E. BISTEAU & J.-Y. BAUGNEE (SPW/DGARNE/DEMNA/DNE/OFFH, Avenue Maréchal Juin, 23, B-5030 Gembloux).