Portail Wallonie.be| Portail Environnement| Fédération Wallonie-Bruxelles

3444 - Forêt de Soignes

Site de Grand Intérêt Biologique (SGIB)

Synonymes :Forêt domaniale de Soignes
Communes :La Hulpe, Waterloo
Cantonnements DNF :Nivelles
Surface :275 ha
Coordonnées :X Lambert : 154660 - Y Lambert : 157967
Voir la localisation avec la cartographie dynamique
Rappel : toute circulation en dehors de la voie publique requiert l'accord préalable du propriétaire ou de son délégué.

Intro

Brève description

Massif forestier emblématique s'il en est, la Forêt de Soignes avec ses quelques 4400 hectares représente aux portes de Bruxelles un espace vert unique très prisé des promeneurs, cyclistes, cavaliers et autres usagers doux. Si la partie principale de cette forêt se trouve en Brabant flamand, on sait moins cependant qu'elle se prolonge en territoire wallon, entre la vallée de l'Argentine qui coule au nord-ouest de La Hulpe, et la «frontière» linguistique matérialisée sur plusieurs centaines de mètres par la Drève dite de la Meute. S'étendant sur 275 hectares, cette portion wallonne de la Forêt de Soignes a été largement préservée au fil du temps et globalement moins altérée qu'ailleurs. C'est ainsi qu'elle n'est traversée par aucune voirie importante et les seules constructions visibles, à savoir les bâtiments de la Clinique du Dr Derscheid, occupent une clairière discrète au centre du massif. La végétation forestière dominante est constituée de différents types de hêtraies atlantiques neutrophiles à acidoclines selon les endroits, renfermant dans le sous-bois diverses plantes caractéristiques comme la jacinthe des bois (Hyacinthoides non-scripta), la laiche à pilule (Carex pilulifera), la luzule des bois (Luzula sylvatica), le houx (Ilex aquifolium) ou encore la houlque molle (Holcus mollis). Des forêts sur sols plus ou moins humides apparaissent plus localement dans les vallons et le long d'un affluent de l'Argentine où l'on peut admirer au printemps des plages d'ail des ours (Allium ursinum). S'y ajoute quelques plantations feuillues et résineuses heureusement peu étendues. En revanche, contrairement aux secteurs voisins tel que le Domaine Solvay, les plans d'eau sont très rares et de faibles dimensions. Le peuplement faunistique demeure peu documenté et les informations disponibles concernent surtout les oiseaux, les mammifères et les papillons de jour. En raison de ses multiples intérêts, cette forêt historique, propriété de la Région wallonne, cumule les statuts de reconnaissance: site classé repris à la liste du patrimoine exceptionnel de Wallonie, elle est aussi intégrée en totalité dans le réseau Natura 2000. De plus, une réserve forestière dénommée «Le Ticton» y a été créée en 2016 sur deux parcelles distinctes totalisant 22,3 hectares.

Carto

Régions naturelles

  • C1 - Brabant bruxellois

Limites administratives

Ancienne(s) commune(s)SurfaceNouvelle(s) commune(s)Province(s)
La HulpeLA HULPEBRABANT
WaterlooWATERLOOBRABANT

Cantonnements DNF

Cantonnement(s)SurfaceDirection(s)
NivellesMons

Mentions dans d'autres inventaires de sites

A compléter

Propriétaire(s)

Région wallonne

Privé(s) Non  ONG Non  Communes Non  Région Oui  Autres publics Non

Gestionnaire

Service public de Wallonie, Département de la Nature et des Forêts, Cantonnement de Nivelles, avenue Jean Monnet, 12 Bte 2A, 1400 Nivelles (Tél. : 067/88.42.90 - Fax : 067/88.42.99).

Sites protégés

Code du siteNom du siteSurface
6937Le Ticton22.29 ha

Espèces

Espèces de valeur patrimoniale

TaxonStatut de protectionListe rougeStatutAnnéeRep*ProtectionSource
Animaux - Vertébrés - Mammifères
Eptesicus serotinusOuiOuiZone de chasse2014GT Plecotus
Myotis bechsteiniiOuiOuiZone de chasse2014GT Plecotus
Myotis mystacinusOuiNonZone de chasse2014GT Plecotus
Nyctalus noctulaOuiOuiZone de chasse2014GT Plecotus
Pipistrellus nathusiiOuiOuiZone de chasse2014GT Plecotus
Pipistrellus pipistrellusOuiOuiZone de chasse2014GT Plecotus
Animaux - Vertébrés - Oiseaux
Dendrocopos mediusOuiNon2015Divers obs.
Dryocopus martiusOuiNonNicheur2015Divers obs.
Pernis apivorusOuiNonZone de chasse2014Divers obs.
Animaux - Vertébrés - Amphibiens
Bufo bufoOuiNon2013Divers obs.
Ichthyosaura alpestrisOuiNon2013Divers obs.
Rana temporariaOuiNon2013Divers obs.
Animaux - Vertébrés - Reptiles
Zootoca viviparaOuiNon2000C. Percsy
Invertébrés - Insectes - Papillons diurnes
Argynnis paphiaNonNon2018Divers obs.
Satyrium w-albumOuiNon2010Divers obs.
Plantes - Plantes supérieures
Asplenium scolopendrium2009P. Fontaine
Blechnum spicant2014Divers obs.
Centaurium erythraea2014J. Taymans
Hyacinthoides non-scripta2016Divers obs.
Spirodela polyrhiza2006L. Wibail
Plantes - Mousses - Bryophytes
Leucobryum glaucum2015Divers obs.

Conservation

Objectifs de conservation

La création de la réserve forestière sur 22,3 ha vise à conserver les faciès remarquables des peuplements d'essences indigènes des associations forestières typiques de la région, d'en assurer l'intégrité du sol et du milieu et en particulier d'y permettre le vieillissement de la forêt et l'expression des dynamiques naturelles.

Plan de gestion

Un plan de gestion concernant la réserve forestière du Ticton est disponible au Cantonnement DNF de Nivelles.

Accès du public

La portion wallonne de la Forêt de Soignes est traversée par différentes drèves accessibles aux promeneurs, cyclistes et autres usagers doux. Certaines parcelles sont privées et leur accès est interdit sans l'accord de leurs propriétaires.

Détails

Description physique

La partie wallonne de la Forêt de Soignes se situe à une quinzaine de kilomètres au sud de Bruxelles, à 3 km à l'est de Waterloo et à 3,5 km de La Hulpe. Elle est directement environnée par deux vastes parcs prestigieux, d'une part le Domaine d'Argenteuil au sud du Chemin du Pachy, et le Domaine Solvay, à l'est. La limite occidentale du massif est marquée par le Ring Ouest de Bruxelles.

Les données physiques résumées ci-après sont tirées du Plan d'aménagement de la Forêt domaniale de Soignes (COLSON, 2015).

La forêt occupe un plateau avoisinant la cote de 110 m (point le plus haut à 112,5 m), entaillé par deux vallons: le premier (écrin de la drève Joséphine) s'oriente du nord-ouest au sud-est avec le fond situé à l'altitude de 75 m, et le second (fond des Ails) traverse la partie méridionale du massif d'ouest en est avec un fond à 70 m. La topographie est donc accidentée avec de fortes pentes. Une curiosité de cette topographie est l'existence de vallons secs. Ceux-ci proviennent de l'érosion produite par le ruissellement de l'eau à chaque période de dégel superficiel lors des glaciations du quaternaire. Cette eau, ne pouvant s'infiltrer dans les couches plus profondes du sol, creuse et ravine, créant ces fameux «vallons secs». L'eau ruisselant au travers de la forêt domaniale conflue dans l'Argentine, affluent de la Dyle, dans le bassin hydrographique de l'Escaut.

Le sable bruxellien tertiaire forme le substrat principal de la forêt. Au nord-ouest du massif, il est recouvert par un dépôt de sable fin datant du lédien. Sur les plateaux, ces sables sont recouverts de limon nivéo-éolien (ou loess) d'origine pléistocène (quaternaire) dans lequel se sont développés des sols sablo-limoneux superficiels. En effet, à faible profondeur (vers 30 à 40 cm de profondeur), une couche compacte empêche une bonne pénétration des racines. Il s'agit du «fragipan», couche de sol fortement dégradé hérité des périodes glaciaires et qui a pu subsister uniquement dans le cas d'une couverture forestière quasi permanente sans pâturage. Sur les versants abrupts, le substrat sableux tertiaire constitue la roche-mère dans laquelle se sont développés les sols sableux et limono-sableux. Quant aux fonds de vallée, des dépôts d'alluvions s'y sont accumulés au quaternaire. En-dessous du sable bruxellien, on trouve des dépôts argileux datant de la même période (yprésien) et qui sont responsables de la formation de nappes aquifères dans ces sables.

Les plateaux sont constitués majoritairement de sols limoneux lessivés. Sur les fortes pentes orientées à l'ouest, ce sont des podzols qui se sont développés dans les affleurements de sable tertiaire. De manière générale, on peut considérer que ces sols sont composés de trois compartiments superposés plus ou moins indépendants, recouverts d'horizons organiques de type «dysmoder» formé par la litière de feuilles de quelques centimètres d'épaisseur suivie d'un mince horizon noir reflétant l'absence de brassage du sol par la pédofaune:

- horizon biologiquement actif (I): il s'agit d'un sol lessivé, acide et pauvre qui occupe les 30-40 premiers centimètres de profondeur. On y retrouve une forte concentration de racines.

- horizon compact fissuré = fragipan (II): cet horizon d'environ 1 m d'épaisseur correspond à un réseau polygonal très compact délimitant une structure en prismes. L'épisode froid et sec de la dernière glaciation est à l'origine de la dessiccation extrême du sol avec développement des fissures de rétrécissement (= fentes entre les polygones). C'est exclusivement dans cette série de veines verticales que les racines ont pu pénétrer. On note une absence totale de traces de galeries de ver de terre ou de taupe dans ce compartiment.

- horizon non altéré (III): à partir de 120 cm de profondeur, on trouve plusieurs mètres de limon riche et meuble s'offrant aux racines qui sont parvenues à s'insinuer via les fissures. Nous sommes là en présence de la poussière de loess originelle non altérée. Cet horizon profond explique la forte productivité de la Forêt de Soignes car il renferme d'importantes réserves d'eau et d'éléments minéraux.

La présence du fragipan constitue une contrainte considérable pour la croissance des racines et le développement des végétaux. Premièrement, celui-ci perturbe la disponibilité en eau du sol: il freine la remontée capillaire en situation de sécheresse et il constitue une entrave à l'infiltration lors d'épisodes très pluvieux, provoquant alors la formation d'une nappe temporaire préjudiciable aux espèces sensibles aux engorgements et à l'anaérobiose. De plus, l'oxygénation des racines qui sont passées au travers des fissures devient très limitée vers l'âge de 80 ans lorsque les racines ont atteint une dimension telle qu'elles colmatent les fissures. Ce phénomène est amplifié par la problématique de compaction des sols limoneux particulièrement sensibles au tassement. Qui plus est, la présence de la litière du hêtre qui se décompose très lentement et l'absence de faune fouisseuse (lombric, taupe) ne permettent pas aux sols tassés de se rétablir facilement.

Du point de vue climatique, le climat régional est qualifié de tempéré sous influence océanique et il se caractérise par des étés relativement frais et humides et des hivers relativement doux et pluvieux. La station météorologique la plus proche se situe à Uccle. Elle a calculé pour la période 1960-1990 une température moyenne annuelle de 9,7°C, pour janvier 2,5°C et pour juillet 17,2°C; comme précipitations moyennes annuelles 821 l/m2, pour janvier 66,9 l/m2 et pour juillet 74,3 l/m2; comme durée d'insolation moyenne annuelle 124 h, pour janvier 48,6 h et pour juillet 185,8 h.

Dans le contexte des changements climatiques globaux, les modèles théoriques prévoient une évolution climatique en Europe qui se traduit par une augmentation progressive des températures globales, une augmentation de l'occurrence des épisodes chauds et secs en période de végétation couplée à une augmentation des précipitations hivernales ainsi qu'une hausse de la fréquence des tempêtes.

Description biologique

Du point de vue écogéographique, la forêt domaniale de Soignes appartient au domaine atlantique, sous-secteur des plaines et vallées scaldisiennes.

Les données phytosociologiques et sylvicoles concernant le site sont détaillées dans le Plan d'aménagement de la Forêt domaniale de Soignes (COLSON, 2015).

La majeure partie de la forêt est occupée par de la hêtraie acidophile atlantique à sous-bois à houx. Le hêtre, l'arbre emblématique de la Forêt de Soignes, y a clairement été favorisé par les techniques sylvicoles (hêtraie cathédrale) au détriment des autres essences du cortège arborescent (chênes indigènes, érable, bouleau, charme, sorbier). Le régime sylvicole a également modifié drastiquement le sous-étage en éliminant presque la totalité des arbustes caractéristiques de ce faciès (bourdaine, houx, néflier, noisetier, charme). La strate herbacée est caractérisée par des espèces des sols acides (germandrée scorodoine, polytric élégant, fougère aigle, etc.).

On y retrouve également quelques plages plus restreintes de hêtraie neutrophile (Asperulo-fagetum), des cordons de chênaies ou chênaies-frênaies (Carpinion-betuli) qui se cantonnent dans l'ensemble des fonds de vallées à l'exception du fond des ails qui abrite une aulnaie-frênaie (Alno-padion). Là encore, c'est l'action de l'homme qui a influencé la composition du peuplement ; toujours en faveur d'une futaie de hêtre dans le premier cas, laissant un peu plus de place au chêne pédonculé dans le deuxième cas. Quant à l'aulnaie-frênaie, elle n'a plus rien de naturel depuis qu'elle a été entièrement replantée en mélange de frêne et d'aulnes en 1987.

Dans les peuplements feuillus, le hêtre (Fagus sylvatica) est largement dominant avec 189,3 ha suivi de loin par les chênes indigènes (Quercus petraea et Q. robur) avec 26,5 ha. Toutes les autres essences occupent chacune moins de 6 ha, soit 5,8 ha pour le frêne commun (Fraxinus excelsior), 5,3 ha pour l'érable sycomore (Acer pseudoplatanus), 5,2 ha pour les bouleaux (Betula pendula et B. pubescens), 1,8 ha pour l'aulne glutineux (Alnus glutinosa), 0,3 ha pour le charme (Carpinus betulus) et 5 ha pour les autres feuillus.

En ce qui concerne les plantations résineuses, le pin sylvestre (Pinus sylvestris) couvre 9 ha, le pin corse (Pinus nigra subsp. laricio) 7,7 ha, le mélèze du Japon (Larix kaempferi) 4,1 ha et les autres résineux 4,2 ha.

La répartition des classes d'âges des arbres traduit très clairement le déséquilibre de cette forêt surreprésentée par de vieux bois. Les peuplements les plus vieux ont entre 120 et 200 ans et couvrent à peu près 70% de la surface totale du bois. Ils proviennent des vastes campagnes de plantations de hêtres effectuées entre 1815 et 1875. Les effectifs des classes d'âges comprises entre 40 et 120 ans sont les plus faibles (7,5%) et sont surtout représentés au sein des plantations de résineux. L'effort de régénération consentit durant les 4 dernières décennies va croissant, représente 17% de la surface totale du bois et traduit une volonté de diversification des essences.

Les sols riches de la forêt de Soignes en font une station de très forte productivité où le hêtre peut grandir jusqu'à une hauteur de 40 m. Sur l'ensemble de la forêt, la circonférence moyenne est de 175 cm. Le port très élancé (tiges très hautes et faible circonférence) des bois formant le peuplement résiduel résulte de la gestion en futaie équienne très dense.

En dehors des surfaces forestières qui comportent également environ 3 ha de trouées, le site compte 5,7 ha d'espaces ouverts partagés entre les pelouses et les bâtiments (Clinique Derscheid et maison forestière).

Malgré la proximité de centres urbains et l'existence de nombreux accès, le site est paradoxalement peu parcouru par les naturalistes et son intérêt faunistique demeure donc peu documenté. La majeure partie des données disponibles concernent les oiseaux, les mammifères et les papillons de jour.

Parmi les oiseaux, on mentionnera avant tout la nidification du pic noir (Dryocopus martius) et du pic mar (Dendrocopos medius), deux espèces d'intérêt communautaires liées aux forêts dans leur stade mâture.

Le massif est également fréquenté comme terrain de chasse par un rapace insectivore, la bondrée apivore (Pernis apivorus).

Pas moins de quarante espèces de mammifères ont été signalées au cours des trois dernières décennies, incluant au moins 6 espèces de chauves-souris dont le murin de Bechstein (Myotis bechsteinii) et la sérotine commune (Eptesicus serotinus). Quelques grandes espèces fréquentent discrètement le site comme le chevreuil (Capreolus capreolus) et le sanglier (Sus scrofa) qui a réapparu récemment dans la région après une éclipse de plus d'un siècle.

Une espèce exotique, le tamia de Sibérie (Tamias sibiricus), y a été occasionnellement aperçue.

L'herpétofaune est peu représentée en raison principalement du manque d'habitats favorables (plans d'eau, e.a.). Le lézard vivipare (Zootoca vivipara) est le seul reptile observé à ce jour dans les limites du site, et en ce qui concerne les amphibiens, quatre espèces ont été répertoriées: le crapaud commun (Bufo bufo), la grenouille rousse (Rana temporaria), le triton alpestre (Ichthyosaura alpestris) et l'alyte accoucheur (Alytes obstetricans) lequel n'a cependant plus été contacté après 1992.

Dans le rayon des insectes, on mentionnera la présence ancienne du spectaculaire lucane cerf-volant (Lucanus cervus), les dernières mentions dans le secteur ayant eu lieu vers le milieu des années 1970 sans que l'on sache leur localisation précise. Plus récemment, un papillon de jour rare et très localisé a été signalé à plusieurs reprises: il s'agit du thécla de l'orme (Satyrium w-album), une espèce par ailleurs strictement protégée en Région wallonne.

Histoire du site

La riche histoire de la Forêt de Soignes est abondamment documentée depuis des siècles tant par diverses représentations graphiques (gravures, fresques, tapisseries) qu'au travers de cartes et d'ouvrages historiques (voir entre autres D'ARDENNE et al., 1914). Les faits principaux ont été bien résumés par COLSON (2015) dans le Plan d'Aménagement de la Forêt domaniale de Soignes d'où sont principalement tirées les lignes suivantes.

L'origine de la Forêt de Soignes est située à la fin de la dernière glaciation, il y a environ 10 000 ans, mais le hêtre, arbre emblématique de la forêt depuis le XVIIIème siècle, n'y a fait son apparition qu'il y a quelques 4000 ans.

A la période mérovingienne et au bas moyen-âge, les petites communautés villageoises essartent au profit des cultures. Mais de grands domaines restent boisés, essentiellement comme territoire de chasse très prisé par les Comtes de Louvain puis les Ducs de Brabant. De nombreux documents allant du XIIème au XVIIIème siècle illustrent le soin avec lequel cette famille a protégé au mieux ce massif forestier contre les dégâts dus au pâturage en sous-bois, coutumier dans le système agraire médiéval. La superficie de la forêt de Soignes avoisine alors les 12000 ha, superficie qui se maintiendra plus ou moins jusqu'aux années 1800.

Aux XVIème et XVIIème siècles, sous la domination espagnole, les nécessités de guerre faisant loi, la population pille la forêt tandis que les Seigneurs y pratiquent de grandes coupes que la régénération naturelle ne suffit plus à compenser.

C'est sous le Régime Autrichien qu'un fait saillant détermine le faciès actuel de la forêt : en 1785, un plan de restauration de la forêt de Soignes est mis en place par un jeune directeur des plantations, Joachim Zinner, avec pour objectif principal la production de bois. De nombreuses parcelles de plusieurs dizaines d'hectares sont plantées en hêtres, qui sont à l'origine de la forêt cathédrale équienne et monospécifique connue aujourd'hui.

Après être tombée dans l'escarcelle de la famille d'Orange, la forêt de Soignes est cédée en 1822 à la Société Générale. En 1830, celle-ci vend près de soixante pour cent de ses biens boisés qui sont rapidement défrichés, réduisant la superficie de la forêt à 4400 ha. En 1843, la totalité est achetée par Léopold Ier et passe, en 1854, sous la gestion des Eaux et Forêts. Le grignotage continue toutefois par l'aménagement de routes, chemins de fer, parcs et hippodromes. En 1984, la Régionalisation de la Belgique conduit au partage du massif entre les trois Régions, celui-ci étant donc régi par trois législations différentes.

Par décret de l'Empereur Charles-Quint datant de 1545, le traitement sylvicole appliqué depuis le XVème siècle jusqu'au début du XXème siècle est la méthode du « tire-et-aire » à la révolution de 80 ans (mise à blanc dès l'âge de 80 ans pour laisser la place à la régénération naturelle).

En 1906, l'aménagement s'organisa autour de 3 groupes de peuplements répartis en fonction de leur âge. Le groupe I réunissait les peuplements plantés avant 1815, le groupe II rassemblait les plantations de 1815 à 1855 et le groupe III concernait les plus jeunes. L'aménagement de l'ensemble de la forêt de Soignes comprenait alors 10 séries qui renfermaient chacune 8 coupes de chaque groupe. La rotation était alors fixée à 8 ans avec un passage généralisé à la mi-rotation dans les coupes du groupe I.

A l'heure actuelle, la gestion sylvicole de la forêt domaniale de Soignes (275 ha) est régie par le nouveau Plan d'aménagement réalisé par le Cantonnement DNF de Nivelles (COLSON, 2015), lui-même basé sur la déclaration d'intention portant sur un «Schéma de structure de la forêt de Soignes» signée par les 3 Ministres régionaux le 10 novembre 2008. La forêt est subdivisée en 14 compartiments qui sont organisés en 12 coupes. Elle est certifiée PEFC (Programme for the Endorsement of Forest Certification) sous la référence PEFC/07-21-1/1-53.

Du point de vue patrimonial, l'ensemble formé par la forêt de Soignes et du bois des Capucins est classé comme site par Arrêté Royal du 2 décembre 1959, en raison de sa valeur historique, esthétique et scientifique (Art. 1), conformément à l'article 6 de la loi du 7 août 1931. La bande de terrain boisé le long de la Drève de la Meute a, quant à elle, été intégrée dans l'Arrêté de Classement du 25 novembre 1971 (Domaine Solvay).

De plus, la forêt domaniale a été classée « Patrimoine immobilier exceptionnel » de la Région Wallonne et à ce titre figure en annexe 2 de l'Arrêté du Gouvernement Wallon du 27 mai 2009 dans la catégorie «B6. Sites naturels».

L'ensemble de la forêt domaniale de Soignes, à l'exception d'une bande située au nord-est, est intégré dans le site Natura 2000 «BE 31002: Vallée de l'Argentine et de la Lasne».

Enfin, deux parcelles de vieille hêtraie couvrant 22,29 ha ont été érigées en réserve forestière dite «Le Ticton » par Arrêté du Gouvernement wallon du 23 juin 2016.

Biblio

, 2012, Quel avenir pour la «hêtraie cathédrale» de Soignes, Bases de réflexion pour une prise de décision, Forêt Wallonne 120 : 3-21.
, 2009, La Forêt de Soignes. Connaissances nouvelles pour un patrimoine d'avenir, Les Amis de la Forêt de Soignes, Mardaga, 240 pp.
, 2015, Plan d'aménagement de l'Unité 26 (Ea 41501). Forêt Domaniale de Soignes (P1244), Service Public de Wallonie, Direction générale opérationnelle de l'Agriculture, des Ressources naturelles et de l'Environnement, Département de la Nature et des Forêts, Direction de Mons, Cantonnement de Nivelles, 86 pp. + annexes.
, 2012, L'estimation de la fréquentation et l'analyse des flux de visiteurs en forêt de Soignes. Résultats d'une étude exploratoire, Forêt Wallonne 117 : 13-26.
, 1914, La Forêt de Soignes : Monographies historiques, scientifiques et esthétiques, G. Van Oest & Cie, 328 pp.
, 1998, L'impact de l'exploitation forestière mécanisée sur la dégradation physique des sols: le cas des sols limoneux acides de la forêt de Soignes (Belgique), Revue forestière Française 2 : 124-137.
, 2010, Quelques facteurs édaphiques dans l'écosystème forêt de Soignes, Forêt Wallonne 105 : 3-14.
, 1969, Remarques sur quelques champignons intéressants de la Forêt de Soignes, Les Naturalistes belges, 50 (3): 165-168.

Divers

Sources

DNF

Natura 2000

Répondants de l'information

Catherine COLSON (SPW-DNF-Cantonnement de Nivelles)

Date de la dernière modification de la fiche

2019-11-29