L’inventaire des Sites de Grand Intérêt Biologique (SGIB) a pour objectif d’identifier, localiser et décrire les espaces naturels ou semi-naturels remarquables en Wallonie, qu’ils soient terrestres ou aquatiques. Cet outil scientifique centralise un grand nombre de données biologiques – faune, flore, habitats – et constitue une base indispensable pour la connaissance du patrimoine naturel. Il fournit des informations techniques aux gestionnaires du territoire et sert de référence pour élaborer des politiques de protection de la nature, notamment pour les milieux les plus sensibles.

Définition et critères

Un SGIB est défini par l’Arrêté du Gouvernement wallon du 16 mai 2024 relatif aux subventions pour la restauration de sites et le renforcement des services écosystémiques (M.B. 30.07.2024). Il s’agit d’une « unité géographique englobant un ensemble d'unités d'habitats ou de biotopes homogènes situées à moins de six cents mètres les unes des autres qui abrite au moins une espèce rare, menacée ou protégée ou au moins un habitat rare, menacé ou protégé visé aux articles 2, 2bis et 3, § § 1er et 2, 3°, de la loi du 12 juillet 1973 sur la conservation de la nature ».

L’intérêt patrimonial des espèces et/ou des habitats peut également s'accompagner d’un critère contextuel : des sites ne présentant aucune espèce ni aucun habitat rare, menacé ou protégé peuvent parfois être reconnus. Il s'agit par exemple de sites particulièrement bien représentatifs de l'une ou l'autre station d'une espèce ou association végétale remarquables pour la région (même si à l'échelle nationale, l'espèce ou l'habitat ne sont pas si rares), en excellent état de conservation.

Les SGIB doivent respecter des seuils de surface : 1000 m² pour les milieux ouverts ou fermés, 200 m² pour les mares et cavités souterraines ou autres sites à chauves-souris, et une largeur minimale de 20 mètres pour les éléments linéaires comme les abords de ruisseaux (tout en conservant le seuil de surface minimum de 1000 m²). L’inventaire est purement scientifique, indépendant des limites cadastrales et du plan de secteur, et évolutif : les contours peuvent être modifiés en fonction des réalités de terrain.

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SGIB avec présence de Grand Rhinolophe (Rhinolophus ferrumquinum) © Quentin Smits

Pourquoi cet inventaire est essentiel

Au-delà de la simple description, l’inventaire rationalise la collecte et la gestion des données biologiques. Il permet d’intégrer la biodiversité dans les projets d’aménagement et d’anticiper les impacts sur le patrimoine naturel, en particulier dans les zones qui ne sont pas reprises dans le réseau Natura 2000. Il constitue également un outil de réflexion pour la mise en place de politiques de conservation.

Procédure de reconnaissance

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© Violaine Fichefet

La gestion de l’inventaire relève de la cellule Nature du Département de l'Etude du Milieu Naturel et Agricole (DEMNA/SPW). Les SGIB sont reconnus sur base de données naturalistes validées, collectées via différents canaux (DEMNA, Natagora, universités…) ou proposées par des experts et organismes reconnus. Les agents du DEMNA vérifient les contours sur le terrain et à partir de vues aériennes, en veillant à la cohérence écologique. Tout citoyen peut proposer un site en justifiant les critères biologiques requis. La cellule examine la demande et décide de son intégration à l'inventaire.

Les SGIB sont délimités dans un souci de cohérence écologique, à partir de l’examen des vues aériennes ou sur base du parcours terrain, de façon à reprendre l’ensemble des éléments paysagers qui structurent la zone d’un point de vue écologique.

Précautions et mise à jour

L’inventaire se veut exhaustif, mais la nature évolue constamment, que ce soit par des dynamiques naturelles (recolonisation, fermeture des milieux) ou artificielles (gestion, restauration, destruction). Il doit donc être actualisé régulièrement par ajout, modification ou retrait de sites. Le DEMNA/DNE s’efforce de maintenir des données fiables, sans pouvoir garantir leur exactitude permanente.

Valeur réglementaire

  • L’inventaire n’a pas de valeur légale et ne confère aucun statut de protection aux sites. Certaines mentions apparaissent dans le CoDT, notamment pour les plantations de sapins de Noël et les modifications sensibles du relief, mais ces contraintes ne sont pas applicables tant que les SGIB ne sont pas publiés sur le Géoportail.
  • Si des espèces protégées sont présentes, leur protection relève de la loi sur la conservation de la nature, indépendamment du statut SGIB. L’absence d’un SGIB ne signifie pas l’absence d’espèces protégées.
  • Dans le cadre du Programme wallon de Développement Rural, l’inclusion d’une parcelle dans un SGIB facilite l’accès aux subventions pour restaurer des habitats naturels.
  • L’existence d’un SGIB n’autorise en aucun cas l’accès libre aux sites : toute circulation hors voie publique requiert l’accord du propriétaire.

Historique et évolution

L’inventaire des SGIB s’inscrit dans une longue tradition d’études biologiques en Wallonie. Les premiers travaux remontent à Jean Massart en 1912, suivis par ceux lancés à l'initiative de l'Administration de l'Urbanisme et de l'Aménagement du territoire au début des années 60 (Survey National). En 1980, l’inventaire ISIWAL des sites de très grand intérêt écologique a été réalisé pour répondre aux besoins des plans de secteur, puis l’inventaire CORINE en 1991 dans le cadre de l'application de la Directive européenne CE/79/409 sur les oiseaux.

Parallèlement, des projets de cartographie ont été initiés, comme :

  • la Carte d’évaluation biologique en 1978, interrompue en 1985 lors de la régionalisation,
  • la cartographie du réseau écologique par différents opérateurs
  • la cartographie des habitats sensibles dans les Zones de Protection Spéciale pour tenter de répondre aux obligations de la Directive européenne CE/92/43 concernant les habitats.

A l’époque, l'absence d'informations biologiques détaillées ou descriptives n'avait pas permis de valoriser ces travaux de cartographie.

Au début des années 1990, la Direction de la Conservation de la Nature du Département de la Nature et des Forêts (DNF/SPW) a lancé un projet visant à rassembler les informations disponibles sur les réserves naturelles. Une fiche descriptive standardisée a été élaborée et a servi de guide au Prof. Noirfalise (FUSAGx) et à J. Saintenoy-Simon (AEF), qui ont structuré les données et les ont complétées par des visites de terrain. Ces informations ont ensuite été informatisées, puis intégrées dans une base de données FileMaker Pro en 1993, développée par M. Dufrêne (UCL).

Le concept de Site de Grand Intérêt Biologique, indépendant du statut de protection, a été défini pour organiser l’information et la rendre exploitable dans les systèmes d’information géographique. Dès 1995, les données sont devenues accessibles sur le premier Serveur d’Informations sur la Biodiversité. La base de données a ensuite été complétée par le biais de conventions d'abord avec l'UCL, puis avec la FUSAGx (Dufrêne 1997, 2000, 2001). Depuis 2010, la base est connectée au portail biodiversité et enrichie en continu. Aujourd’hui, l’inventaire couvre 153 152 hectares répartis sur 3 184 sites (situation au 18/11/2025).

Contacts

Vous désirez renseigner un Site de Grand Intérêt Biologique ?  Contactez Emmanuelle Bisteau et Jean-Yves Baugnée

En savoir plus

Liste des SGIB inventoriés
Suite à l’intrusion informatique dont a été victime le Service public de Wallonie, le transfert de la base de données relative aux SGIB dans ce nouveau portail reste actuellement perturbé. Nos équipes travaillent activement à sécuriser ce rapatriement dans la nouvelle plateforme. En attendant, afin de garantir l’accès à l’information, la base de données de l’ancien portail reste consultable à titre transitoire.

Sources

  • DUFRÊNE, M., 1997, Le Système d'informations sur la Biodiversité en Wallonie., Les cahiers des Réserves Naturelles RNOB, 11: 11-16.
  • DUFRÊNE, M., 2000, L'inventaire des sites de grand intérêt biologique comme contribution à la cartographie du patrimoine naturel., Communication non publiée du Colloque "Inventaire et suivi de la biodiversité en Région wallonne". La Marlagne.
  • DUFRÊNE, M., 2001, La protection et la gestion du patrimoine biologique., Bulletin de la Commission Royale des Monuments, Sites et Fouilles, 17: 97-119.