Pour survivre et se reproduire, les animaux choisissent certains habitats à l’intérieur de leur territoire. Le cerf élaphe, par exemple, utilise surtout les zones ouvertes dans la forêt, car il s’y nourrit plus facilement. Cependant, lorsqu’ils sont nombreux, les cerfs peuvent fortement brouter les jeunes arbres, ce qui peut freiner la régénération des forêts.
À l’intérieur des massifs forestiers, les prairies intra‑forestières (gagnages herbacés) jouent un rôle important. Elles attirent les cerfs car elles leur offrent de l’herbe facilement accessible. Cet effet est encore plus marqué aujourd’hui, car le changement climatique entraîne des hivers plus doux, avec moins de neige et une végétation qui pousse plus tôt dans l’année.
Grâce au suivi GPS de cerfs dans deux populations, l’une en France (La Petite Pierre) et l’autre en Belgique (St-Michel – Freyr), les chercheurs ont étudié quand et comment les cerfs utilisent ces prairies. Ils ont pris en compte la saison, la température moyenne et le moment de la journée (jour ou nuit).
Les résultats montrent que les cerfs fréquentent surtout les prairies la nuit, quelle que soit la saison. En hiver, ils les utilisent un peu moins, mais cette fréquentation augmente lorsque les hivers sont plus doux. Autrement dit, plus il fait chaud en hiver, plus les cerfs vont profiter des prairies nocturnes pour se nourrir.
Cette tendance s’explique par la disponibilité de la végétation : en hiver, la nourriture est rare, mais elle devient plus accessible lorsque les températures augmentent. Les prairies jouent donc un rôle clé comme zones d’alimentation, tout au long de l’année, et encore davantage dans un contexte de réchauffement climatique.
Enfin, les auteurs suggèrent que la présence de ces prairies peut influencer où les cerfs broutent dans la forêt, en concentrant ou en déplaçant la pression sur certaines zones. C’est un point important pour les gestionnaires forestiers, qui cherchent à concilier la présence de la faune sauvage et la bonne régénération des forêts.