Piéger au printemps
Pour peu qu’il soit pratiqué en respectant les bonnes pratiques, le piégeage des reines fondatrices de frelon asiatique à pattes jaunes permettrait de limiter la formation des nids plus tard en saison. Découvrez ci-dessous comment utiliser ces pièges et comment signaler vos captures.
Beaucoup d’appelées et peu d’élues
A la fin de l’été, plusieurs centaines de reines fondatrices s’échappent de chaque nid de frelon asiatique à pattes jaunes. Mais 1% à peine d’entre elles seront en mesure de construire un nouveau nid l’année suivante. Ces insectes subissent en effet de lourdes pertes durant la saison hivernale parce qu’elles ne trouvent pas de site d’hivernage adéquat pour se protéger du froid. Des mortalités importantes s’observent également au début du printemps quand les insectes affaiblis ne trouvent pas suffisamment de nourriture ou d’endroit propice pour construire leur nid. Certaines études suggèrent que les futures reines s’entretuent au printemps pour s’approprier les meilleurs sites de nidification.

© Yvan Barbier
Piéger les futures reines au printemps
C’est précisément parce que les futures reines sortent très affaiblies de l’hiver qu’est née l’idée du piégeage de printemps. Il consiste à les attirer avec une solution sucrée mélangée avec de l’alcool et à capturer un maximum d’entre elles avant qu’elles n’aient le temps de construire leur nid, dans l’espoir de réduire leur population. Une stratégie de lutte qui ne fonctionnera toutefois que si on en attrape suffisamment…
Attraper les futures reines sans tuer les autres insectes
Au printemps, beaucoup d’autres insectes que le frelon asiatique à pattes jaunes sont à la recherche de sucre comme source d’énergie, y compris le frelon européen, les guêpes et toutes sortes d’autres insectes. Le défi est donc de concevoir un piège qui soit à la fois suffisamment efficace pour capturer le frelon asiatique à pattes jaunes tout en évitant d’attraper les autres espèces. Les dispositifs à noyade comme les pièges à guêpes sont bien sûr proscrits et interdits par la loi car ils entraînent la mort de nombreux insectes non ciblés par le piégeage. Il est donc essentiel d’utiliser des pièges sélectifs non létaux pour préserver la biodiversité.

Piège à noyade (à gauche, interdit par la loi) et piège sélectif (à droite) pour la capture des futures reines de frelons à pattes jaunes. © Acabashi, Florian Bastin et Yvan Barbier.
Dans ce but, un modèle de piège sélectif pour la capture des frelons a été développé par le Centre de Recherche Agronomique de Wallonie (CRA-W) après 3 années de recherche-développement. Il est aujourd’hui prêt à être utilisé sur le terrain et a été distribué par les communes et les provinces à travers toute la Wallonie. La sélectivité de ce piège dépasse 80 % et peut monter au-delà pour peu que le piège soit correctement utilisé avec des visites régulières pour libérer les insectes non ciblés qui ne parviendraient pas à en sortir.
Bien utiliser les pièges
Le piège développé par le CRA-W consiste en un couvercle perforé à visser sur un pot en verre destiné à recueillir des insectes vivants. Ce couvercle se présente sous la forme d’un entonnoir percé d’ouvertures latérales dont les dimensions permettent l’entrée de différents insectes (jusqu’à 8 mm) et la sortie des seules espèces de petite taille (< 5 mm). L’attractif (1/3 de sirop de grenadine, 1/3 de bière et 1/3 de vin blanc) doit être disposé sur une éponge à placer dans le fond du pot. Le volume non absorbé doit être éliminé avant la mise en place du piège.

© Jean-Luc Renneson
Une fois le piège installé, aucun liquide ne doit être apparent dans celui-ci. Il est impératif que tout l’attractif soit absorbé par l’éponge sous peine d’entraîner la mort et la noyade des insectes piégés (voir photo). La quantité de liquide à verser dépendra du type d’éponge utilisé.
Attention aussi que les couvercles perforés imprimés en 3D peuvent avoir des dimensions imprécises et ne pas respecter les dimensions originales précisées plus haut. Le bon fonctionnement du piège ne peut alors pas être garanti.
Le piège doit être disposé à l’horizontale sur un support ou accroché à une branche, si possible à l’abri de la pluie. On veillera à ne pas le placer en position verticale s’il est placé dans un lieu exposé aux précipitations. Le piège peut être installé dès le 15 mars et doit être retiré au plus tard le 15 mai, lorsque que les reines ne sortent plus de leur nid. Il doit être visité tous les 2-3 jours pour permettre de libérer vivant les insectes non ciblés et renouveler l’attractif sur l’éponge. En cas de capture d’une fondatrice de frelon à pattes jaunes, le pot peut être placé au congélateur durant 24 heures pour la tuer.
Le mode d’emploi des pièges élaboré en collaboration avec les scientifiques du CRA-W peut être téléchargé ci-dessous. Merci de le respecter scrupuleusement !

Signalez vos captures !
Le signalement des captures réalisées est important pour permettre de parfaire les connaissances sur la biologie du frelon à pattes jaunes, identifier les zones qui lui sont le plus favorables et tenter d’évaluer l’efficacité du piégeage sur la formation des nids.

© Simon Dubar
Des questions ?
Veuillez adresser vos questions sur le piégeage printaniers des reines fondatrices de frelons à pattes jaunes à l’adresse suivante : info.frelon@cra.wallonie.be.
