Anaplasmose (erlichiose)

L’anaplasmose granulocytaire, anciennement appelée erlichiose granulocytaire, est une infection bactérienne émergente qui, comme la maladie de Lyme, est transmise par morsure de tiques du type Ixodes. Le réservoir principal est constitué par les rongeurs, les bovins et les chevreuils. Elle infecte une large gamme de mammifères dont les ruminants et l'homme. La maladie est souvent asymptomatique, chez l’homme comme chez l’animal. Les cas humains sont principalement diagnostiqués entre le printemps et la fin de l’automne, période d’activité des tiques.

Les principales caractéristiques de la maladie sont fournies à travers la foire aux questions ci-dessous.

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Fiche d'identité de la maladie

Quel est l’agent responsable de l’anaplasmose ?

L’agent responsable est la bactérie Anaplasma phagocytophilum, appartenant à l’ordre des Rickettsiales, réputées pour vivre à l'intérieur des cellules de leurs hôtes.

Cette bactérie se développe dans les glandes salivaires des tiques, principalement du genre Ixodes, et est injectée directement dans le sang lors d’une morsure.

Dite « intracellulaire obligatoire », elle ne peut survivre et se multiplier qu’à l’intérieur des cellules de son hôte, en particulier certains globules blancs — les neutrophiles, acteurs clés de la défense immunitaire. En se cachant à l’intérieur de ces cellules, la bactérie échappe aux mécanismes classiques de défense du corps.

Quel est l’animal vecteur ?

En Europe, le principal vecteur de la bactérie Anaplasma phagocytophilum est la tique Ixodes ricinus, la même espèce responsable de la transmission de la maladie de Lyme. D’autres espèces de tiques sont porteuses de la bactérie dans d’autres régions du monde.

La tique passe par trois stades de développement : larve, nymphe et adulte. A chaque stade, elle a besoin d’un repas de sang pour grandir. Cela signifie qu'à chaque étape, elle peut s’infecter sur un animal porteur (dit réservoir), comme un rongeur, un chevreuil ou un bovin, puis transmettre la bactérie à un nouvel hôte lors d’un repas ultérieur. Les tiques peuvent vivre jusqu’à trois ans, ce qui leur offre plusieurs occasions de contaminer.

En Belgique, selon la plateforme TiquesNet (gérée par Sciensano), 4,7 % des tiques prélevées sur des humains en 2021 étaient porteuses d’Anaplasma phagocytophilum, contre 1,8 % en 2017. Une tendance à la hausse semble se dessiner, mais des données supplémentaires sont nécessaires pour la confirmer.

Quels sont les animaux réservoirs ?

Pour que la bactérie Anaplasma phagocytophilum continue à circuler dans la nature, elle a besoin d’animaux dits “réservoirs”. Ces espèces hébergent la bactérie, souvent sans tomber malades, et permettent aux tiques de s’infecter et de transmettre ensuite la maladie à d'autres hôtes, y compris l'humain.  Ces animaux réservoirs sont :

  • Les petits rongeurs : dans les premiers stades de leur vie (larve et nymphe), les tiques se nourrissent surtout sur de petits mammifères comme les campagnols.  En France, jusqu’à 25 % des campagnols roussâtres peuvent être porteurs de la bactérie.
  • Les grands mammifères : Les tiques adultes préfèrent des hôtes plus gros, comme les ruminants domestiques (vaches, moutons) ou sauvages (chevreuils, cerfs), mais aussi les chevaux…
  • Les animaux domestiques et sauvages : chiens, chats, chauves-souris, ratons laveurs, hérissons peuvent également être infectés.
  • Les oiseaux : en plus d’être potentiellement infectés, ils transportent les tiques sur de longues distances, contribuant ainsi à la dispersion de la maladie.
Le cas particulier du chevreuil
En France, le chevreuil est considéré comme le principal réservoir : environ 80 % des individus sont infectés. Cependant, les souches bactériennes retrouvées chez le chevreuil ne sont pas celles qui infectent l’homme ou le bétail. Son rôle dans la transmission à l’humain reste donc discuté.

Comment se transmet l’anaplasmose ?

La transmission à l’homme ou à l’animal se fait exclusivement par la morsure d’une tique infectée, en particulier la tique Ixodes ricinus.

Les tiques s’infectent lorsqu’elles se nourrissent du sang d’un animal porteur de la bactérie Anaplasma phagocytophilum. Une fois contaminées, elles peuvent transmettre la bactérie à un nouvel hôte, humain ou animal, lors d’un prochain repas sanguin.

Il n’existe pas de transmission directe d’un individu à un autre, ni par contact avec des sécrétions ou des déjections d’animaux.

Un délai important à retenir : la bactérie n’est généralement transmise à l’homme qu’après 24 à 48 heures d’attachement de la tique. Dans de rares cas, certaines nymphes infectées ont pu transmettre la bactérie en moins de 24 heures. Il est donc essentiel de retirer rapidement toute tique repérée après une sortie en nature.

Période à risque : en Belgique, les morsures de tiques sont principalement signalées entre mars et octobre, avec un pic d’activité en juin.

Lieux à risque : Les tiques se trouvent au sol, dans les forêts, les taillis et les zones herbeuses ; elles grimpent sur les hautes herbes et les buissons, entre 20 et 70 cm de hauteur, en attendant qu’un hôte passe à proximité pour s'y accrocher.

Quels sont les symptômes chez l’homme et chez l’animal ?

Chez l’être humain comme chez l'animal, l’anaplasmose est généralement silencieuse : elle ne provoque aucun symptôme ou seulement des signes bénins. La maladie véritable reste rare. 

À retenir : Même si l’anaplasmose est souvent silencieuse, il est important de rester attentif à tout changement de comportement ou de santé chez un animal ayant été exposé aux tiques.

Symptômes possibles chez l'animal

Symptômes possibles chez l'homme

Le plus souvent asymptomatique ou signes discrets ne nécessitant pas de traitement.

Quand des symptômes apparaissent :

  • Fièvre
  • Perte d'appétit (anorexie)
  • Abattement (fatigue générale)
  • Ataxie (troubles de la coordination)
  • Oedème (gonflement) des membres, notamment à l'extrémité
  • Douleurs musculaires ou articulaires

Chez les ruminants domestiques :

  • Baisse de production laitière
  • Avortements tardifs possibles

Chez le chien :

L'infection peut être plus sévère. Dans certains cas, elle peut entrainer : 

  • des hémorragies
  • un état de choc, qui peut mettre la vie de l'animal en danger

Après une période d’incubation de 1 à 3 semaines, certains patients développent des symptômes comparables à ceux de la grippe :

  • Fièvre
  • Douleurs musculaires et articulaires
  • Maux de tête
  • Troubles digestifs
  • Toux sèche (chez environ 1 patient sur 3)

Dans la majorité des cas, disparition spontanée en moins de 30 jours, sans séquelle.

Formes graves possibles chez les personnes plus vulnérables, càd jeunes, âgées ou immunodéprimées :

  • Détresse respiratoire aiguë
  • Hémorragies
  • Insuffisance rénale
  • Troubles neurologiques
  • Perturbations du sang (hématologiques)

Les décès restent rares, surtout si la maladie est diagnostiquée et traitée rapidement, notamment avec des antibiotiques comme la doxycycline.

Cette maladie est-elle fréquente en Belgique ?

La bactérie Anaplasma phagocytophilum est largement présente chez les tiques et les animaux en Europe, y compris en Belgique. Pourtant, les cas confirmés d’infection aiguë chez l’homme restent très rares alors que des études montrent une séroprévalence (contact dans le passé avec la bactérie) élevée. Comment expliquer ce paradoxe ?

En Belgique, on recense chaque année

  • 0 à 2 cas confirmés d’anaplasmose aiguë
  • 10 à 20 cas probables
  • 60 à 80 personnes présentent des anticorps trahissant une exposition passée à la bactérie, sans nécessairement avoir été malades.

Ce paradoxe entre exposition fréquente et faible nombre de cas diagnostiqués s’explique par plusieurs facteurs : 

  • Des symptômes souvent absents ou peu spécifiques : L’infection passe fréquemment inaperçue ou provoque des signes légers (fatigue, fièvre, douleurs), facilement confondus avec d’autres maladies.
  • Des tests sérologiques parfois trompeurs : Les tests peuvent donner des faux positifs, notamment à cause de réactions croisées avec d’autres agents infectieux comme Borrelia (maladie de Lyme) ou Coxiella (fièvre Q), ou encore en présence de maladies auto-immunes.
  • Un risque de transmission plus faible : Comparée à d’autres agents pathogènes transmis par les tiques, Anaplasma phagocytophilum semble moins facilement transmise à l’humain.

Cette maladie est-elle fréquente en Wallonie ?

En Wallonie, les cas d’anaplasmose humaine restent peu nombreux, mais font l’objet d’un suivi attentif.

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> voir le rapport complet "Maladies liées à la faune sauvage indigène" 

En 2020 et 2021, une diminution du nombre de cas a été observée. Cette baisse pourrait s’expliquer par :

  • La pression sur le système de santé liée à la pandémie de COVID-19
  • Une confusion possible des symptômes avec ceux du COVID, rendant le diagnostic plus difficile

Depuis 2021, les analyses ne sont plus réalisées sans informations cliniques précises. Cette réduction du nombre de tests induit fatalement une réduction du nombre de cas détectés, même si cela ne reflète pas forcément une baisse réelle des infections.

En 2023, 7 cas probables ont été rapportés, ce qui marque une reprise modérée de la surveillance et peut-être une meilleure détection.

Cette maladie est-elle fréquente dans le monde ?

L’anaplasmose est présente sur plusieurs continents : Europe, Asie, Amérique du Nord, Australie. Son expansion est favorisée par la prolifération des tiques, elle-même amplifiée par le changement climatique (qui élargit les zones où les tiques peuvent survivre) et la migration des oiseaux (qui transportent les tiques sur de longues distances).

Résultat : le taux de prévalence de l’anaplasmose chez l’humain est en augmentation dans plusieurs régions du globe.

Le premier cas humain européen a été diagnostiqué en 1995 en Slovénie. Depuis, la maladie a été détectée dans la plupart des pays européens, y compris la Belgique. 

Comment se protéger de l’anaplasmose ?

Il n’existe pas encore de vaccin contre l’anaplasmose. La protection repose entièrement sur la prévention des morsures de tiques.  Voici les bons réflexes à adapter :

En balade ou en nature :

  • Rester sur les sentiers et éviter les hautes herbes, les taillis et les zones boisées denses.
  • Porter des vêtements couvrants : manches longues, pantalons rentrés dans les chaussettes ou les bottes.
  • Utiliser un répulsif anti-tiques sur les zones de peau exposées.

De retour à la maison :

  • Inspecter soigneusement l’ensemble du corps, en particulier les zones chaudes et humides (aisselles, plis, cuir chevelu).
  • Retirer immédiatement toute tique à l’aide d’une pince adaptée, sans l’écraser, puis désinfecter la zone.
  • Prendre si possible une douche dans les deux heures suivant le retour pour éliminer les tiques non encore fixées.

Vous trouverez différentes conseils de protection et de réaction en cas de morsure dans la section "Envie d'en savoir plus ?"

Comment protéger nos animaux ?

Les animaux domestiques et d’élevage peuvent aussi être exposés. Voici comment les protéger :

  • Retirer rapidement toute tique repérée sur leur peau et désinfecter la zone de morsure.
  • Pour les chiens : utiliser un collier anti-tiques ou traitement préventif (pipettes, comprimés…) 
  • Pour les bovins et équidés : traiter les pâtures pour limiter la présence de tiques, et appliquer des produits acaricides si nécessaire.